Et si l’école pratiquait « l’évoluation » ?

Comme chaque année, à la même période, les traditions sont de retour : marchés de Noël, échanges de cadeaux, repas de famille… Néanmoins, il en est une qui n’est souvent pas bien accueillie, ni vécue par les étudiants : les évaluations de fin d’année.

À l’heure où les français sont en plein débat sur la refonte des pratiques d’évaluation de leur système d’éducation, arrêtons-nous un instant sur la manière d’évaluer à l’école ainsi que sur la philosophie différente de nos Organisations de Jeunesse.

Il y a quelques semaines, à l’initiative du ministère de l’Education Nationale français, plusieurs experts se sont réunis lors de « la conférence nationale sur l’évaluation des élèves ». Le but de celle-ci est notamment d’émettre des pistes de réflexion afin que l’évaluation devienne un outil permettant à chacun de mesurer les progrès effectués, et de prendre confiance en ses capacités.

Cela se passe chez nos voisins, mais le même débat devrait aussi se faire chez nous. En effet, beaucoup d’entre nous ont, plusieurs fois dans leur vie d’étudiant, ressenti un sentiment de mal-être à l’approche ou pendant un examen. De plus, on constate que dès le plus jeune âge, l’évaluation est déjà perçue par les élèves de 1ère primaire comme un facteur de stress important.

La première source de pression, qui entraine un débat houleux en France, est le système de notation des évaluations. « La note n’est pas un handicap pour les bons élèves, mais elle décourage les plus faibles, qui deviennent moins capables d’apprendre parce qu’ils se sentent incompétents", explique le sociologue Pierre Merle. « Un même élève peinera à reproduire une figure géométrique en maths et y arrivera en arts plastiques. [1] »

Et si le système scolaire venait s’inspirer de la manière d’utiliser l’évaluation dans l’Education Permanente et plus particulièrement dans nos OJ ? Généralement, nous utilisons des évaluations dites « de progression ». Celles-ci portent sur le processus et ont pour but de faire évoluer, d’encourager et de soutenir celui qui est évalué. Celui-ci est aussi acteur de l’évaluation, il a son mot à dire.

L’évaluation est un vecteur de progression où chacun a droit à l’erreur. C’est un outil qui permet d’ancrer et de développer de nouveaux apprentissages. Le tout se passe dans un esprit constructif où la forme, le fond et le vécu servent à chacun.

A épingler : l’auto-évaluation est une pratique courante de l’Education Permanente, mais est peu utilisée dans le cadre scolaire. Voyons-la comme une véritable activité d’apprentissage et non une simple « auto-notation ». Comme le dit Broadfoot (2007) : « l’auto-évaluation est une manière d’encourager les élèves à réfléchir sur ce qu’ils ont appris, à chercher les moyens d’améliorer leur apprentissage, et à planifier ce qui leur permettra de progresser en tant qu’apprenants et d’atteindre leurs objectifs. [...] En tant que telle, elle comprend des compétences en termes de gestion du temps, de négociation, de communication – avec les enseignants et avec les pairs – et d’autodiscipline, en plus de la réflexivité, de l’esprit critique et de l’évaluation. [2] »

Faisons rimer évaluation avec évolution. Dès lors, chaque élève, et chaque personne évaluée en général, ne devra plus subir la pression constante d’examens dont les effets sont contestables. Elle sortira reboostée d’une évaluation où auront été ciblées ses nouvelles compétences développées et celles qui sont encore à travailler.

Sébastien Persoons
Permanent pédagogique
sebastien.persoons@resonanceasbl.be

[2Rey Olivier, Feyfant Annie (2014). Évaluer pour (mieux) former. Dossier de veille de l’IFÉ, n°94, septembre. Lyon : ENS de Lyon