Entre la fin et les moyens, les valeurs en déclin ?

Pour certains élèves ayant réussi le CEB (Certificat d’étude de base), la remise des prix a eu un goût très amer… La semaine dernière, la RTBF publiait l’information selon laquelle certains élèves se sont vu remettre, en lieu et place de leur diplôme original, une pâle copie. Pourquoi ? Le non-paiement de leurs frais scolaires. Certains directeurs auraient utilisé ce moyen de pression en ajoutant « que ceux qui ne recevaient pas leur diplôme le devaient à leurs parents ! ». Outre l’aspect humiliant, traumatisant, inacceptable et illégal de la démarche, cet événement pose la question de l’adéquation entre les comportements et les valeurs prônés par l’institution publique. Cette interrogation est d’autant plus prégnante en cette période de crise économique où le système public applique, de plus en plus, les méthodes issues des entreprises privées.

Quelles valeurs pour l’enseignement ?

Depuis 1997, le décret « Missions » définit les missions fondamentales de l’enseignement obligatoire ainsi que les structures qui permettent de les atteindre. Les quatre finalités de notre système scolaire sont de promouvoir la confiance en soi et l’épanouissement personnel, d’acquérir des savoirs et des compétences qui permettent d’apprendre toute sa vie, de préparer les élèves à exercer leur rôle citoyen, et enfin, d’assurer à tous les élèves les mêmes chances d’émancipation sociale. Au vu de ces finalités éducatives, ce type de comportement met à mal tous les idéaux que notre système éducatif tente d’atteindre.

Premièrement, prendre les enfants en otage pour rappeler aux parents leurs factures et humilier les enfants est contraire au premier principe. Deuxièmement, montrer l’exemple du non-respect des valeurs choisies et défendues au sein de notre société porte atteinte au troisième. Enfin, lier la délivrance d’un diplôme au paiement des frais scolaire bafoue le quatrième et est contraire au principe de gratuité de l’enseigne ment [1]. Ce type de comportement est d’autant plus grave qu’il hypothèque l’avenir des jeunes puisque ce document est indispensable pour pouvoir s’inscrire dans l’enseignement secondaire et continuer son parcours scolaire ! Pourtant, en ce contexte d’austérité budgétaire, le gouvernement fait la chasse au gaspillage et nous renvoie, de manière peut-être inconsciente, l’image selon laquelle les économies doivent devenir le maître-mot. Il n’est dès lors pas étonnant que cela fasse tourner la tête de quelques-uns qui ne savent plus sur quel pied danser.

Reportage de TéléBruxelles



Enseigner ou rentabiliser ?

En effet, depuis plusieurs années, nos représentants tentent de sortir la tête de l’eau en appliquant des systèmes de rationalisation issus du monde de l’entreprise. Le paradoxe est que ces pratiques sont empreintes par la rentabilité, l’individualisme, la maximisation du profit et le résultat. Ces modèles sont donc en contradiction, voire en opposition avec les missions du service public. Celui-ci doit veiller à mettre en place des structures et des services accessibles basés sur les fondements de notre constitution tels que : l’égalité, la liberté, le respect de la dignité, la neutralité, la solidarité.

C’est pourquoi, la mise en place de telles pratiques sans prendre en compte les conséquences idéologiques et les valeurs qu’elles véhiculent pourraient, à terme, nous faire dévier de notre trajectoire...

Dès lors, en tant que CRACS, prenons du recul et posons-nous plus souvent la question de l’adéquation entre ce que nous croyons, ce que nous visons, ce que nous défendons et surtout, ce que nous mettons en place pour y parvenir. Et ne faisons pas payer aux plus jeunes ce qui ne les regarde pas !

Guillaume Hannecart
Animateur pédagogique
guillaume.hannecart@resonanceasbl.be

[1Article 100 du décret « Missions » de 1997