« En Europe, vous avez la montre. Nous, nous avons le temps ! »

C’est par cette phrase lancée dans un éclat de rire qu’ont été accueillies les excuses de retard de Brieuc, jeune étudiant en droit, parti réaliser un projet dans le village de Bû, à 120 km de Kinshasa. Dès l’arrivée à l’aéroport, le ton était donc donné : ici, on est dans un autre univers ! Partir dans un pays du Sud pour s’engager aux côtés d’acteurs de terrain, voilà une expérience qui laisse des traces…A quels étonnements s’expose un jeune découvrant l’Afrique ? Quelles aspects fascinants mais aussi chocs culturels l’y attendent ?

Une première plongée au cœur du continent africain est interpellante. Loin de nos schémas relationnels et limites protectives en Occident, l’accueil et la convivialité se présentent d’emblée comme des atouts indiscutables de bon nombre de populations africaines. On ne peut qu’être séduit par l’omniprésent sourire des Congolais malgré les difficultés auxquelles ils font face jour après jour, la bonne humeur, la musique, l’accueil ; autant d’illustrations d’une vie collective qui rendent inévitables la question suivante : pourquoi, dans notre Europe, le bonheur au quotidien apparait-il à beaucoup comme si difficile d’accès ?
Les fonctionnements différents questionnent et ramènent en toute logique au vécu, à l’analyse de sa propre expérience : « En Belgique, un jeune qui prend de l’assurance et des responsabilités aura tendance à quitter le nid familial pour voler de ses propres ailes ; l’optique n’est pas la même au Congo : un sens de la famille bien plus important, va de pair avec l’accueil. Les jeunes couraient pour rentrer à la maison après l’école, impatient de revoir la famille, les grands enfants s’occupant des plus jeunes, le tout tellement naturellement... » (Brieuc, entretien, septembre 2012).
Mais à côté des aspects envoutants de la vie sociale, la réalité du travail de terrain exige du visiteur des capacités d’adaptation importantes. Inutile de préparer un programme pour le lendemain, un plan A et un B, à l’ « européenne ». La vie et les activités se déroulent selon les circonstances imposées par le climat, le cadre de travail ou les interactions avec la communauté. Souvent déroutant pour des visiteurs habitués à planifier et organiser leur travail bien différemment… On y découvre que c’est dans l’échange que des idées nouvelles et adaptées à chaque contexte peuvent naître.
Et les relations entre Congolais et Belges ? Autre sujet d’étonnement pour un jeune Belge craignant, au vu de la vision de la colonisation parfois véhiculée chez nous, d’être mal reçu dans l’ancienne colonie. Brieuc remarqua pourtant combien, mise à part une minorité, la population était globalement positive vis-à-vis des belges, que certains appellent même les « nokos », ce qui signifie « oncles ». Dans la tradition congolaise, l’oncle est celui que l’on consulte avant d’entreprendre quelque chose de sérieux et l’exemple à suivre. Interpellant, non ?

Pour un séjour réussi et « éveilleur de conscience », il faudra donc se montrer capable d’étonnement, de remise en question, de distance critique. Car le fossé est immense entre les beaux projets rêvés dans le giron occidental et la réalité complexe du terrain ! Face à cela, - mises en garde ou pas – tout le monde est à la même enseigne en débarquant dans un contexte culturel radicalement différent. Mais on rentre ensuite au pays enrichi d’une vision nouvelle, sur le pays découvert mais aussi sur soi-même, ayant testés ses forces et limites. Extrêmement enrichissant !

Laure Malchair et Brieuc Petre
Justice & Paix
Octobre 2012