Emotion, quand tu nous tiens …

Décryptons l’actualité… Laquelle ? Comment le Front National remporte, en France, de nombreux suffrages ? Qui de la Turquie ou de la Russie sera la plus diplomate ? Comment Daesh déforme l’Islam ? Les questions ne manquent pas. Au cœur de la toile, tissée derrière nos écrans ou la une des journaux, il y chacun de nous. Peur, incompréhension, colère. Que dire ? Comment expliquer à nos enfants, à nos jeunes, à nos collègues, à nos proches ce que l’on sent, ce l’on pense, ce qu’on pourrait faire. Plus que jamais, l’actualité nous renvoie à nos émotions, les plus primaires.

Depuis que le monde est monde, l’être humain ressent des émotions. Et heureusement ! C’est sans doute cette capacité à identifier, interpréter et gérer nos émotions qui a assuré la survie de notre espèce. C’est ce que l’on appelle l’intelligence émotionnelle.

Associer ces deux termes, c’est un peu comme évoquer un soleil noir ou un silence bruyant ! On a tendance à penser qu’on est soit sensible aux émotions, soit intellectuel et jamais les deux à la fois. C’est soit l’un, soit l’autre. L’adage de Pascal « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas » illustre bien ce propos. Et pourtant… Le « Cogito, ergo sum » de Descartes se complexifie. Les cultures évoluent et ce qui prévaut à une époque se voit jeter aux oubliettes à une autre.

Dans les années 90, DANIEL GOLEMAN, psychologue et journaliste scientifique pour le New York Times, apporte au concept une reconnaissance mondiale. Il popularise l’idée selon laquelle un individu pourvu d’une grande intelligence émotionnelle peut être plus efficace socialement, tant d’un point de vue personnel que professionnel.
Selon lui, l’intelligence émotionnelle repose sur cinq aptitudes de base :

• la connaissance de soi, ce qui suppose la capacité d’identifier clairement ses sentiments ;
• la maîtrise de ses émotions ;
• la motivation et la capacité à être créatif face aux difficultés ;
• l’empathie, le sens de la communication ;
• la connaissance de soi, de ses forces et faiblesses.

Il s’agit bien d’un ensemble de compétences. Cela signifie qu’on peut les apprendre, les développer, mieux les maîtriser.
Développer ces capacités c’est développer des compétences liées aux différents aspects de la relation à soi-même, aux autres, à l’environnement et à la collectivité. C’est se donner l’occasion de faire des apprentissages en relation avec le bien-être physique, émotionnel et mental, l’autonomie, l’estime de soi… Accompagner d’autres à être plus « intelligent émotionnellement » C’est reconnaître les individus dans leur unicité et faciliter leur intégration dans le groupe, dans la collectivité (famille, école, institution, entreprise, commune, région, pays et monde).

Développer ses propres compétences émotionnelles c’est se poser pour proposer une communication visant une meilleure harmonie relationnelle. Ecouter ses émotions et leur donner un sens permet d’agir en toute conscience. Ne plus être dans la réaction mais bien s’inscrire dans une action responsable. C’est intégrer le fait que nous sommes pleinement créateur de notre réalité et que tout conflit ou difficulté peut trouver une issue où chacun est gagnant.

Aujourd’hui, être intelligent „tout court“ ne suffit plus. En développant, d’abord, ces compétences pour nous-mêmes, nous mettons en pratique une meilleure gestion et utilisation de nos propres émotions. Nous pouvons ainsi davantage identifier, accueillir, comprendre et faire évoluer celles des autres. C’est aussi une façon de cultiver des valeurs qui nous sont chères : le respect, la responsabilité, l’esprit critique, la solidarité… Et en même temps, inviter ceux qui sont autour de nous à reproduire ces comportements et trouver leur place et leurs forces dans ce monde en perpétuelle évolution.

Pascale Tielemans
Permanente Pédagogique à l’asbl Résonance
pascale.tielemans@resonanceasbl.be