Echange chirurgien, blond, 27 ans contre 2 techniciennes, brunes, 45 ans

A l’ère du web 2.0, nous sommes matraqués d’images et de messages qui véhiculent un modèle selon lequel nous devrions tendre. Quelles sont les valeurs cachées derrière ce modèle ? Comment se positionner par rapport à ces valeurs ?

L’être humain a un prix ?

Beaucoup de messages de la société, entre autre par l’intermédiaire de la publicité, nous poussent à croire que tout a un prix aujourd’hui. Tout ? Tout ! Même l’être humain ! Vous voulez savoir combien vous valez ? Le site “humain à vendre” vous donnera une estimation. Dans un autre style, what’s your price permet de mesurer sa valeur sur le marché des célibataires.

Derrière l’apparence légère de ces sites se cache une question de valeurs : quels sont les critères qui permettent de donner un prix à quelqu’un ? Le top 50 de “humain à vendre.com” se base sur l’âge, la taille, le poids, la profession et le salaire. Toute une série de critères qui cachent en réalité un cliché : le top, c’est d’être dans la vingtaine, européen, d’avoir un métier qui rapporte un bon salaire et d’être en bonne santé.

Dans un autre cadre, les assurances, elles aussi, fixent leurs montants sur ce genre de critères. L’âge et la santé sont par exemple des éléments à partir desquels se calculent les montants de primes à payer.

Cette sélection de critères, issue de la société marchande occidentale, participe à la concrétisation des stéréotypes de la société actuelle, à la construction d’un standard de beauté, de perfection. Où ce qui compte c’est l’apparence (être mince), le titre académique (lié au salaire) et la santé (moins je suis malade, moins je coûte à la société). Or, ça n’a pas toujours été le cas ! En effet, par exemple, au moyen âge, les critères de beauté d’une femme étaient bien différents et à l’opposé de ceux d’aujourd’hui : un léger surpoids, quelques rondeurs et des hanches larges étaient recherchés chez la femme, en signes de bonne santé et de facilité de reproduction qu’ils représentaient.

Stéréotype mondialisé

Que le domaine marchand se base sur ce genre de critères peut se justifier d’une certaine manière, et encore c’est pas certain… Mais surtout, ce qui est inquiétant, c’est la généralisation de l’utilisation de cette vision socio-économique. Même l’OCDE [1] s’y met. Le récent indice qu’il a créé en est un exemple et peut se résumer à "on est bien quand on est riche".

Le modèle, imposé de l’extérieur, selon lequel nous nous apprécions, ou nous déprécions, se mondialise. A tel point que des Asiatiques cherchent à se débrider les yeux, à donner du volume à leur nez, et des Africains à se blanchir la peau. Dans un même registre, l’émission américaine Miss Swan, propose à ses candidates des transformations physiques, principalement par la chirurgie esthétique, afin de devenir "plus belles" selon un modèle standard de beauté : long cheveux, poitrine mise en valeur, peau lisse, dents blanches, ... La gagnante est celle qui aura subi le plus de transformations et dont le résultat sera le plus spectaculaire.

A l’heure ou se placardent les publicités pour les maillots de bain, qui n’a pas pensé qu’il serait temps de (re)faire un peu de sport ou de fitness, histoire de ressembler aux hommes musclés ou aux femmes à ventre plat, images dominantes dont nous sommes constamment entourés ?

Des petits villages résistent encore et toujours à l’envahisseur

Heureusement, il reste quelques petits villages d’irréductibles qui résistent encore et toujours à l’envahisseur. Des exemples ? Au Brésil, les opérations chirurgicales qui consistent à arrondir le postérieur par un rajout de graisse se multiplient. Dans un autre genre, les modifications corporelles telles que piercing, tatouage, scarifications, branding ou implants se pratiquent essentiellement pour deux raisons.
Il s’agit soit d’une volonté esthétique, en prenant le corps comme matière première pour l’art, soit d’un but social, pour marquer son appartenance à un groupe, pour passer un rituel ou encore pour marquer une opposition. Plus concrètement, certains gothiques s’implantent des pointes dans le corps, ou un jeune africain devient adulte après avoir été circoncis.

Et moi dans tout ça ?

Comment se positionner entre les asiatiques qui se débrident les yeux et les brésiliennes qui se rajoutent des rondeurs ? En ramenant les choses à leur place. Le bien-être, la valorisation de soi, c’est aussi la réalisation de soi, le fait d’être fier de soi-même pour ce que l’on est, de voir ce que nous avons, plutôt que ce qui nous manque, ... En bref, de nous accepter tel que nous sommes. Et ce serait encore mieux si l’exemple venait d’en haut : si la société pouvait mieux accepter chacun tel qui l’est, plutôt que de prôner des modèles qui ne correspondent pas à grand monde. C’est parfois plus facile à dire qu’à faire… Et attendre que cela change peut paraître utopique !

Et pourtant, nous pouvons chacun agir à notre niveau, en ayant un regard critique sur ces modèles tout faits que la société nous renvoie et en reconnaissant les différences comme une plus-value. A cet égard, les O.J. sont des endroits propices qui nous permettent d’y venir tel que nous sommes, de nous réaliser en vivant et rencontrant la différence, de l’accepter, de la reconnaître et surtout de la valoriser. C’est en changeant autour de nous, par petites touches, ces représentations que nous aurons la possibilité de les faire évoluer.

Cédric De Longueville
Permanent pédagogique – ICC
cedric.delongueville@icc-formation.be

[1Organisation de Coopération et de Développement Economiques