Du sang, de l’horreur… ces photos qui choquent !

Ce n’est pas la première fois que ça arrive : un photographe prend une photo qui témoigne d’un extrême état de violence, de cruauté et reçoit une récompense. Mais le cliché est tellement lourd de sens que le public n’accepte pas de le voir. La photo dont je vous parle est celle de Fabienne, une jeune haïtienne, tuée en janvier 2010 lors de tirs entre la police et des pillards .
Entre devoir d’information et droit à l’image, la frontière est parfois mince, voir inexistante. Toutes les photos sont-elles bonnes à prendre ? Examinons quels sont les bénéfices de ce genre de clichés.

Oui, il fallait prendre cette photo

Pour dénoncer une situation, un cliché est parfois plus percutant et en dit plus que des mots ou des chiffres. Le devoir d’information, c’est aussi un devoir de rapporter des images, de montrer la réalité d’une situation au monde et que ce qui se passe va parfois au-delà de l’imaginable.
Pourquoi cette polémique ? Car il existe trois photos, l’une présentant Fabienne, une autre le groupe de photographes en train de prendre le cliché et la dernière du même style que la première, sauf que le corps a changé de position. La deuxième nous permet de nous placer comme le photographe, de voir ce qui se passe autour. Les autres montrent que l’on peut mettre en scène une situation. Est-ce pour montrer que certains sont prêts à tout pour la bonne photo ou pour dénoncer ce qui se passe ? On ne peut pas savoir quelles étaient les intentions du photographe quand il a pris ce cliché.
Nous ne pouvons qu’interpréter avec notre regard de spectateur, notre vécu, notre subjectivité.
Car il y a bien une différence entre le point de vue de celui qui prend la photo, de celui qui voit la photo et même de celui qui est pris en photo. Tout ceci est donc très subjectif et lié aux valeurs, à la culture de chacun.

Non, il ne fallait pas

Tout simplement parce qu’on n’a pas besoin de voir l’horreur pour se rendre compte des faits. Ensuite, par respect pour la personne décédée et photographiée, il peut être plus sage de s’abstenir. L’information ne peut passer par du sensationnel, du voyeurisme. Il y a des moyens de dire les choses autrement. De plus, quand les photos sont mises en scène, où est l’information ? Quel est le but recherché par le photographe ? A moins d’interroger le photographe, on ne peut savoir quelles étaient ses intentions. Je pense qu’il est important que le rôle du reporter reste dans le devoir d’information qui respecte les personnes prises en photo, qui informe le reste du monde, mais pas au détriment de la dignité humaine.

Finalement…

Existe-t-il une réponse toute faite à ce genre d’interpellation ? Comment se positionne-t-on entre le devoir d’image, d’informations et le respect de l’image de chacun, de celui de la personne représentée et du public ? La frontière entre les deux est souvent subjective. Pour les reporters, la mission la plus importante est d’informer les gens, de leur montrer ce qui se passe sur le terrain.Mais à quel prix ?

Alors être CRACS par rapport à tout ça

Nous l’avons vu, il est bien difficile de se positionner par rapport à ce type de fait, chacun avec son vécu, sa subjectivité, son point de vue par rapport à la liberté d’expression. Il n’empêche que nous pouvons réagir de manière critique ! Et surtout exprimer ce qui nous choque, ce avec quoi on n’est pas d’accord. Utilisons tous les moyens d’expression qui nous sont donnés pour nous faire entendre.

Débora Ghislain
ACMJ
Détachée pédagogique
debora.ghislain@acmj.be