Du racisme ordinaire au génocide

Le mois dernier ont eu lieu les commémorations du génocide au Rwanda. Il y a 20 ans, le 7 avril 1994, débutait une des plus grandes tragédies du XXème siècle. En 3 mois, entre 800.000 et 1.000.000 de personnes sont massacrées dans un déchaînement inouï de violence et de cruauté.

20 ans après, ces événements soulèvent toujours beaucoup de questions dont certaines peuvent encore être portées au regard de l’actualité.

L’inefficacité, l’absence de réaction, voire la complaisance de la Communauté internationale face à de tels faits sont inacceptables. N’est-ce pas un peu comparable avec l’assassinat d’une partie de sa population par le régime syrien, par exemple, ou la guerre civile en République Centrafricaine ?

Ce génocide nous interpelle sur la question du racisme et la banalisation de celui-ci dans le Rwanda de l’époque.

Rappel des faits [1]

Le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais, Juvénal Habyarimana, est abattu lors de son atterrissage à Kigali. C’est le signal attendu par les extrémistes Hutus (la population est alors composée de 90% de Hutus, pour 10% de Tutsis) pour débuter les massacres contre les Tutsis et Hutus modérés. Le génocide est planifié par des proches du président qui lui reprochent ses concessions au FPR, une armée de Tutsis dirigée par Paul Kagame, en guerre avec le régime depuis 4 ans.

Pendant 3 mois, c’est un massacre. L’horreur des faits n’est pas à rappeler : la machette étant suffisamment évocatrice de ce drame dans la mémoire collective [2].

Le racisme

Ce qui rend ce génocide si particulier et efficace, c’est qu’il n’est pas perpétré par une armée extérieure mais par la population elle-même. En effet, les assassins ne sont autres que les voisins, les amis et parfois même la famille.

Le fait d’être Tutsi, c’est-à-dire appartenir à une race déterminée par le colonisateur alors qu’il s’agissait à l’origine d’une classe sociale aux frontières mouvantes, apparaît dès lors comme suffisant pour être torturé, violé et/ou massacré. Le rôle joué par les médias rwandais dans la diabolisation de la population Tutsi qu’ils décrivaient comme l’ennemi de l’intérieur est indéniable. De même, on pense également à la sinistrement célèbre Radio des Mille Collines qui n’hésitait pas à lancer des appels aux meurtres. En 1994, il est dans la norme de traiter les Tutsis de « Inyenzi », c’est-à-dire de « cafard ». La victime est déshumanisée pour en faire un « nuisible » qu’on peut tuer impunément.

Et maintenant ? Et nous ?

Est-ce que de tels faits seraient possibles chez nous ? Y a-t-il des discours politiques qui tendent à pointer du doigt l’une ou l’autre communauté du pays comme étant responsable de ce qui ne fonctionne pas ? Observe-t-on des comportements qui diffèrent en fonction de la couleur de peau ou du nom, de la « race », de la langue ? Poser ces questions, c’est y répondre. À l’heure des élections, les discours populistes foisonnent. Pourtant, l’Histoire est pleine d’exemples qui montrent les dérives auxquelles peuvent mener ce type de discours simpliste.

Sans que le « politiquement correct » à outrance en soit l’effet pervers, il y a des discours qui ne peuvent jamais être banalisés. À nous, jeunes CRACS, de rester vigilants.

Xavier Manche
Conseil Jeunesse Développement
xavier.manche@cjdasbl.be

[1Pour plus d’infos : « Tuez-les tous » http://www.youtube.com/watch?v=lCbngI1HeTs

[2Pour des infos sur des films qui peuvent donner une idée du drame : http://www.cjdasbl.be/approchescommunes/quel-film-pour-parler-du-genocide-au-rwanda/