Du faux neuf avec du vrai vieux

Titanic ressort sur les écrans… pour la beauté de l’art ou pour faire encore du bénéfice ? La mode des remake, reboot, remasterisé, sortie en 3D a la cote… par faute d’imagination ? Le 7ème art ne serait-il plus qu’une entreprise commerciale ?

Titanic et chiffres

A l’occasion du centième anniversaire du naufrage du célèbre paquebot, l’industrie du cinéma nous offre une version 3D du film de James Cameron sorti en 1997. Un lifting qui a coûté 18 millions de dollars… et qui en a rapporté 88 au Box Office [1].

Non content d’avoir déjà engrangé 1,8 milliards de dollars, James Cameron a voulu exploiter encore un peu la poule aux œufs d’or. Pour donner une impression de nouveauté, il a sorti une version 3D, comme c’est la mode en ce moment à Hollywood… Après l’échec de Star Wars en 3D (dont c’est la 3ème ou 4ème sortie, après la remasterisation, la sortie anniversaire, …) dont le seul intérêt d’après certains fans est de voir le film sur grand écran, Titanic 3D est attendu au tournant : intérêt véritable ou arnaque à destination commerciale ?

2D, 3D, 4DX, ... des effets de plus en plus technologiques

Certains partisans de la 3D prétendent qu’elle révèle l’incroyable talent des acteurs grâce à des détails de leur physionomie. Où est la cause et où est la conséquence ? L’incroyable talent des acteurs est-il réel ou bien est-il supposé parce que plus de détails sont visibles ?

La question de la 3D révèle un autre aspect de l’industrie du cinéma : la technologie dans le 7ème art. En effet, diverses technologies prennent une place prépondérante dans le cinéma, tant pour filmer (motion capture, caméra numérique, …) que pour projeter (Son THX, 3D, …). Le stade suivant est le format 4DX qui permet de se plonger encore plus dans le film : un fauteuil simulateurs de mouvement, des effets de vent, de lumière et d’odeur complètent l’expérience visuelle. Si on peut se féliciter des effets produits sur le spectateur, on peut aussi se poser la question de la plus-value apportée. Cette plus-value est-elle vraiment nécessaire ? Sert-elle vraiment le film ? Faut-il des palliatifs pour réussir à ressentir quelque chose devant un film parce que celui-ci est vide, creux ? Un bon film devrait nous toucher, nous émouvoir sans avoir recours à de tels artifices.



De l’imagination, mais pas de moyens

D’une part, de plus en plus de remake et de reboot sont projeté sur grand écran, sans parler des suites parfois à rallonge.

D’autre part, il ressort d’une étude auprès des professionnels du cinéma que trois personnes sur cinq regrettent que l’industrie du cinéma se focalise sur les nouvelles technologies au détriment de la part d’imagination des films.

Les scénaristes n’auraient-ils plus d’imagination ? Au contraire ! Pendant la grève qu’ils ont menées pour revendiquer de meilleurs salaires, s’ils ont boudé les grands formats tels que films et séries, les plus créatifs se sont investis dans un format très courts, la web-série. Cette forme de vidéo a permis de développer des séquences vidéo originales à moindre frais, sans dépendre des grandes entreprises de production qui préfèrent investir de l’argent dans de gros block busters commerciaux.

Quelle est donc la motivation qui pousse un réalisateur à faire un film ? Et à une maison de production de le financer et le distribuer ? Au regard des faits développés plus hauts, il semble que les motifs financiers prennent le pas sur la créativité ou l’originalité. Le 7ème art est-il encore un art ou est-il devenu une industrie économique ?

A l’heure ou la capture d’image et le montage vidéo se développent et se rendent plus accessible au grand public, mettons les nouvelles technologies au service de la créativité et non de la lucrativité !

Cédric De Longueville
Permanent pédagogique – Resonance ASBL
cedric.delongueville@resonanceasbl.be



[1L’un des indicateurs les plus souvent utilisés pour évaluer un film est le chiffre d’affaire qu’il a engendré, soit directement par le bénéfice financier directement, soit par l’intermédiaire du nombre d’entrées. Par extension, cet indicateur permet d’effectuer un classement sous forme de Palmarès.