Douce Europe… Douce démocratie !

Voilà, les 751 députés élus du Parlement européen sont installés depuis le 1er juillet. Élus au suffrage universel direct pour une durée de 5 ans, ils représentent la population des 28 pays de l’Union européenne. Résultats des élections du 25 mai : les nationalistes et extrémistes sont très présents au sein du parlement. Triste constat, en France, c’est près d’un jeune votant sur trois qui aurait choisi le Front national. Le FN est donc le premier parti chez les jeunes de moins de 35 ans. [1]. Qu’est-ce qui pousse à voter pour ces partis ? Quels espoirs, perspectives apportent-ils aux électeurs en mal de démocratie ?

Les constats

Beaucoup d’observateurs s’accordent sur le fait que la crise économique de 2008 joue aujourd’hui un rôle dans les choix politiques posés par les électeurs. La récession risque à terme de favoriser la montée des partis extrémistes. A titre de comparaison, plusieurs travaux montrent le lien entre la persistance de la crise dans les années 1930 et les succès engrangés par l’extrême droite aux urnes. [2]. Ces craintes quant à l’avenir placent les citoyens dans une incertitude ; ils se sentent vulnérables. En effet, les populations se sentent peu soutenues par leurs dirigeants. Les réponses trouvées par nos gouvernements parlent de répression (SAC), de mesures drastiques, de contrôles des chômeurs, de restrictions budgétaires, etc. Dans ce contexte, certains de nos compatriotes européens trouvent un certain réconfort dans les partis extrémistes.

Pourquoi les extrêmes ?

Face à ces incertitudes, les électeurs voient, dans certains discours simples et simplistes du Front national, une façon rapide de régler leur problème (chômage, logement, santé, école…). Le philosophe Bernard Stiegler voit dans ce vote la désignation d’un bouc émissaire, porteur de tous les maux. Il précise que « les gens qui perdent le sentiment d’exister votent Front national ». Nous sommes alors dans des sentiments de souffrance. Il ajoute que « la plupart (électeurs FN) ne sont pas des racistes ou des antisémites, mais des gens très malheureux ». Le FN fonctionne en inversant les causalités. Bernard Stiegler, va plus loin en ajoutant que le FN vit sur l’idée que la souffrance est attribuable aux immigrés parce que personne n’a le courage de fournir les vrais schémas de causalité qui s’imposent. En effet, le philosophe explique que le modèle keynésien de notre économie ne convient plus. Ce modèle créée trop d’inégalités, de personnes sans emploi. Il faut trouver un modèle alternatif plutôt de type contributif [3]. Ce n’est pas seulement les gens qui souffrent, c’est donc notre société !

L’importance des médias

Nous le savons aujourd’hui, nos réflexions se fondent notamment sur le discours des médias. Pour fonder nos opinions, nous avons besoin de confronter nos idées à d’autres, de les défendre, d’argumenter et de pouvoir juger à terme de la pertinence de nos réflexions. Il faut recréer des lieux de débat. C’est pourquoi les journalistes ont un rôle clé à jouer dans la construction de nos opinions. Cela doit aller plus loin qu’un simple relais de l’information. Les médias doivent redevenir des espaces pour créer, fonder des choix politiques, sociaux ou encore philosophiques. Les citoyens ont avant tout besoin d’être entendus !

Il serait, par contre, illusoire de croire que seuls les médias pourront redonner confiance aux populations et in fine aux électeurs. En Belgique, notre société civile est riche et fortement développée : syndicats, mouvements sociaux, associations … et organisations de jeunesse ! C’est aussi dans ces lieux que se construisent nos opinions. Nous avons donc un rôle à jouer, des valeurs et réflexions à transmettre pour que demain les jeunes électeurs votent non le repli sur soi mais la solidarité et la tolérance. Dès aujourd’hui, travaillons aux élections de demain et surtout à notre douce démocratie.

Anne-Lise Mallia
Chargée de projets - CJC
almallia@cjc.be