Des violences inacceptables

Grévistes assassins ? Droit du travail et de la libre circulation bafoués ? Des entraves inadmissibles selon les médias et une partie du monde politique. Mais quels types de violences sont inacceptables ? La théorie de la spirale de la violence peut apporter un autre regard [1].

Le directeur médical d’un hôpital de Liège a porté plainte contre X pour homicide involontaire. Un chirurgien de garde, bloqué sur l’autoroute par des grévistes, n’a pu intervenir à temps pour une patiente, ce qui a diminué ses chances de survie. La presse s’est emparée des faits, s’attardant sur la question de la responsabilité syndicale, appelant à « redéfinir et imposer les lignes rouges à ne pas franchir » [2]. Une partie du monde politique a embrayé, appelant à revoir ou limiter le droit de grève [3].

Au-delà du cadre légal de l’action syndicale, quelles formes peut prendre la protestation ? Ce qui marque, en dehors de l’instrumentalisation des conséquences mortelles du blocage, c’est l’absence d’interrogation sur les causes du mécontentement persistant. Les regards se focalisent sur les violences et débordements contestataires.

Don Helder Camara, évêque brésilien nominé pour le prix Nobel de la paix et théoricien de la non-violence, démonte cette occultation, dans un système qu’il appelle, la spirale de la violence. Pour lui, il y a trois sortes de violence qui se succèdent et se renforcent.

1. La violence primaire (ou violence institutionnelle) est ressentie au quotidien comme une injustice sociale qui place perpétuellement les personnes dans des conditions de sous-humanité.
2. La violence secondaire (ou violence révolutionnaire), conséquence de l’injustice, est la révolte de ceux qui se sentent opprimés.
3. La violence tertiaire (ou violence répressive) est utilisée par ceux qui détiennent le pouvoir pour sécuriser leur position privilégiée et renforcer la violence première.

Ces derniers mois, plusieurs décisions politiques ont pu engendrer ce sentiment d’injustice, notamment, la privation d’allocation d’insertion pour certains jeunes ou encore la limitation dans le temps des allocations de chômage dans des conditions structurelles de manque d’emploi. Pour H. Camara, la plus grande hypocrisie consiste à mettre en lumière les excès de la révolte en gommant la source qui l’a provoquée.

Toutes les formes de violence sont inacceptables : bloquer une autoroute, détruire des biens publics, empêcher les autres de travailler ou de circuler. Néanmoins, pour arrêter l’escalade, il faut pouvoir reconnaître et dénoncer les inégalités, devenir solidaires pour retrouver des équilibres. A la fin de son ouvrage, H. Camara, lance un appel à la jeunesse. Il est conscient que certains pensent que seule la violence armée aura le pouvoir de combattre les systèmes qui déshumanisent. Pour lui, il existe une autre voie, celle de la non-violence. Provoquer des discussions, susciter la réflexion, prendre position pour la paix et la justice, représentent des alternatives constructives et exigeantes. Nombreux sont les acteurs du secteur jeunesse qui s’y emploient quotidiennement.

Sophie Ducrotois
Chargée de projets et relex
sducrotois@cjc.be