Des GSM et des ordinateurs, oui. Mais pas au prix de vies humaines !

Dans certaines zones du monde marquées par les conflits, l’exploitation et le commerce des ressources naturelles permettent à de nombreux acteurs armés, coupables de graves exactions à l’encontre des populations, de se financer.

En s’approvisionnant en ressources issues de ces zones de conflit, les entreprises européennes sont susceptibles d’alimenter la violence au détriment des droits humains, de la paix et du développement. Ainsi, des minerais de sang se retrouvent dans nos ordinateurs, nos téléphones, nos voitures…

Est-il possible d’y mettre fin ?

Du sang dans nos portables

Á l’Est de la République démocratique du Congo, le commerce illégal de minerais par des groupes armés rebelles contribue, depuis plus de 15 ans, à intensifier et prolonger les conflits. Mutilations, massacres, viols, esclavage et déplacements massifs sont autant de souffrances vécues par les populations locales qui sont sous l’emprise de chefs de guerre locaux avides de profiter des bénéfices issus de la vente de ces ressources. En Colombie, des groupes paramilitaires et la guérilla des FARC se détournent de la production de la cocaïne et prennent en otage des populations innocentes afin de les forcer à extraire de l’or, du coltan et du tungstène… Á l’échelle nationale, les sites illégaux représentent environ 50% des mines et sont répartis dans pas moins de 44% des municipalités. D’autres zones du globe sont également touchées par ce juteux commerce, comme la Birmanie,le Centrafrique, ou encore le Zimbabwe, etc.

Le 14 avril dernier, la Commission du Commerce International (INTA) du Parlement européen a raté une occasion cruciale de lutter contre ce commerce odieux. En effet, cette dernière a voté en faveur d’un règlement peu ambitieux, qui, s’il était adopté en l’état, anéantirait les tentatives mondiales pour assainir ce commerce meurtrier. Dans ce texte, qui sera proposé à la plénière du Parlement européen le 20 mai prochain, un nombre très limité d’entreprises importatrices est concerné par une obligation de s’approvisionner en minerais propres (19 fonderies et raffineurs). Le reste des entreprises pourront, sur base volontaire, mettre en place une surveillance de leur chaîne d’approvisionnement.

De plus, ce projet se restreint à quatre minerais (or, étain, tantale et tungstène). C’est oublier qu’il y a pourtant de nombreuses autres ressources naturelles qui sont susceptibles de provoquer des exactions dans le monde, comme par exemple le cuivre, le jade et le rubis en Birmanie, mais aussi le charbon en Colombie ou encore le diamant au Zimbabwe et en Centrafrique.

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Ce dispositif à deux vitesses, particulièrement limité, n’aura aucun impact significatif et durable sur un commerce qui alimente les conflits et les violations des droits de l’Homme.

La société civile européenne, réunie au sein d’une coalition de plus de 60 ONG demande une législation contraignante s’appliquant à toutes les entreprises européennes qui importent et commercialisent des minerais. Elle est rejointe par diverses personnalités, dont John Ruggie, Martin Kobbler, des investisseurs parmi lesquels la banque Triodos ou encore le docteur Mukwege (prix Sakharov). Dernièrement, Eric de Beukelaer y a consacré une chronique dans « la Libre Belgique ».

Rien n’est encore perdu. Nous pouvons encore exiger des parlementaires européens qu’ils votent en faveur d’un règlement efficace contribuant au rétablissement de la paix. Ecrivez avant le 19 mai à des parlementaires européens pour leur demander de mettre fin à ce commerce scandaleux !

Santiago Fischer
Commission Justice et Paix Belgique francophone
santiago.fischer@justicepaix.be


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