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Derrière le romantisme de Mai 68
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5/05/2008

05/05/2008

Mai 68. La date est devenue un slogan en soi. Un symbole de la rébellion de la jeunesse contre une société perçue comme formatée et étouffante. On a même parlé d’une révolution – presque réussie ou heureusement ratée, selon les points de vue… Sous les pavés, la plage. Et sous les images ?…

Mai 68, c’est d’abord des slogans, des affiches. Des images. Les CRS, les barricades, la Sorbonne occupée, les inscriptions libres sur les murs de Paris… Un parfum de jeunesse et de liberté. Un esprit de révolte surtout.

Les valeurs traditionnelles, la société de consommation, les tabous de la sexualité, le paternalisme, l’autorité rigide, les hiérarchies… Voilà quelles étaient les cibles de cette contestation, somme toute légitime. Et qui a eu certaines conséquences. Sinon Nicolas Sarkozy n’aurait pas parlé d’un esprit Mai 68 à haïr et à faire disparaître.

C’était il y a quarante ans, et la presse se garnit ces jours-ci de commémorations, évocations, souvenirs… de ce printemps presque magique où les utopies pouvaient sembler en voie de se réaliser. Une figure y prédomine : celle de l’étudiant rebelle.

Première clarification : Mai 68 ne fut PAS une révolte étudiante. Ce fut une révolte contre l’ordre établi et l’élitisme cadenassé de la société d’après-guerre. Une révolte menée par divers groupes jusque là minoritaires mais qui, durant quelques semaines, rallièrent en nombre les passions, les intérêts, voire les ras-le-bol les plus divers. Pas spécifiquement ceux des étudiants ou même de la jeunesse. Pour preuve : la grève générale de la mi-mai et les occupations d’usine par des ouvriers voulant reprendre leur sort dans leurs propres mains.

D’ailleurs, la quasi totalité des étudiants « frondeurs » de Mai 68 sont, par après, bien vite rentrés dans le rang, jusqu’à devenir les fers de lance du sytème qu’il prétendait rejeter. Les idéaux de liberté de Mai 68 se sont ainsi retrouvés récupérés par le néolibéralisme économique débridé et l’individualisme forcené. Même celui que l’on a retenu comme la grande figure du mouvement étudiant, Daniel Cohn-Bendit, n’a tout juste réussi qu’une carrière politique fort sage.

L’héritage de Mai 68 est bien trop complexe pour être résumé ici, mais citons-en un aspect qui nous concerne directement. Les jeunes d’aujourd’hui ne le savent presque pas, mais l’idée même de jeunesse en tant que catégorie sociale à part entière est née durant cette période. Avant cela, il y avait les enfants et les adultes. Pas question d’imaginer alors qu’il pouvait être intéressant – ou même sensé – de donner la parole et d’écouter un jeune de 18 ans. Mai 68 a changé cela de manière irréversible. Et cette reconnaissance du rôle et de la place des jeunes a aussi transformé nos OJ. La mise en place de la pédagogie par projet, centrée sur l’épanouissement et le dialogue plutôt que la transmission à sens unique de valeurs indiscutables, est là pour en témoigner.

Mai 68 ne fut pas que romantisme idéaliste. Ce fut un des épisodes les plus marquants d’une réinvention permanente de la société. Qu’il ne tient donc qu’à nous de continuer.

Benoît Lambo
blambo@cjc.be


Illustrations : affiches de mai 68

réalisées par des étudiants de l’école

des Beaux Arts de Paris, alors brièvement

rebaptisée Atelier populaire

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