
Des pages noires et fermées où traînent des idéologies nauséabondes, des mines graves sur les figures de nos héros BD préférés. Quelle mouche les pique ? Le « Spirou » de cette semaine s’attaque à un sujet sérieux : le racisme, l’exclusion, la peur de l’autre. Pas de quoi rire ? Détrompez-vous, des auteurs de talent nous prouvent encore une fois qu’on peut rire de tout et surtout intelligemment !
Et on ne lésine pas sur les moyens ! 35 pages entièrement consacrées à expliquer que dans « Spirou », on a « même pas peur » ! Ni des autres, ni s’ils sont différents, ni quand on ne comprend pas le monde qui nous entoure, … On y parle de tolérance, d’ouverture aux autres, des dangers du contrôle omniprésent, des dérives sécuritaires,… Vous y trouverez « la sales petite histoire du racisme », des témoignages d’enfants mis en planches, ce que pourrait être un « Spirou » dans une société dominée par la peur et un démontage des stéréotypes présentés. Bref, de quoi faire travailler les méninges de nos « têtes blondes » et des autres. Et c’est pas fini… La Ligue des Droits de l’Homme propose un dossier pédagogique qui s’attaque à toutes les peurs et stéréotypes exposés dans ce numéro. Avec des explications adaptées, des éléments factuels et des pistes de réflexion pour aller plus loin. Sur le site internet de « Spirou », on propose différents supports pour continuer à réfléchir sans se prendre la tête. Les prochains numéros de « l’heBDo » vont aussi continuer à parler de droits humains. Pour que ce « Spirou » spécial ne soit pas un « one shot » vite oublié.
Dans cette opération, pas de démagogie, ni de relent commercial, juste la conviction de l’équipe de « Spirou » qu’il faut sensibiliser, éduquer, expliquer aux enfants « qu’un autre monde est possible, sans panique et sans racisme » (p. 2). Cela prouve que dans notre société, il y a encore de la place pour autre chose que le divertissement et la futilité. Cela montre aussi que tous les sujets, même les plus graves, peuvent « accrocher », intéresser un grand nombre de lecteurs, même très jeunes, il suffit de trouver un angle d’entrée qui leur parle ! Le tout, c’est de se creuser suffisamment les méninges… Bravo à eux pour la performance …
D’où vient cette magnifique initiative ? Si vous posez la question à la rédaction du magazine, ils vous diront que c’est une histoire vraie qui a choqué les auteurs et les a poussé à agir, celle d’Hans Van Temsche, ce jeune de 18 ans qui avait abattu 3 personnes dans les rues d’Anvers pour la seule raison qu’elles avaient l’air d’origine étrangère. Il faut dire aussi que « L’école de Marcinelle » c’est toujours distinguée par son engagement et une réelle prise en compte des évolutions de la société. Dans les 60’s, ils n’ont pas hésité à mettre en avant les premières héroïnes féminines comme « Natacha » ou « Sophie ». Plus tard, on y a vu fleurir joyeusement la libre expression dans des suppléments pirates comme les « correspondant ». On pensait que la logique marchande et le rachat de Dupuis avait peut-être éteint cette flamme, les auteurs actuels nous prouvent qu’il n’en est rien. Le 9ème art se met ici au service des Droits de l’Homme, les héros de BD eux aussi sont des citoyens …
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