Crise financière : où se situent nos associations ?

"C’est la crise !" Un slogan devenu banal ?
Autour de moi, je constate que ces quelques mots se sont tout simplement imposés petit à petit dans beaucoup de conversations. Ils servent à expliquer, voire à justifier les nombreuses réalités qui s’imposent à nous.

Mes mails professionnels de ces dernières semaines n’en sont que le reflet : "L’indexation prévue des subventions 2013 de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne sera pas appliquée", "Le Gouvernement de la FWB veut supprimer 23 détachés pédagogiques en Organisations de Jeunesse" et nos associations de crier "Stop aux mesures d’économie et d’austérité envers le secteur Jeunesse".

Je décide donc de me pencher sur le nouveau baromètre des associations, publié le 6 décembre dernier par la Fondation Roi Baudouin. Cette étude effectuée par le Bureau Ipsos a le mérite de se focaliser sur la réalité quotidienne de 700 organisations non-marchandes. Dans cette quatrième édition, elle dresse le constat de l’impact de la crise économicofinancière sur les associations belges tout au long de l’année 2013, avant de se positionner sur l’avenir du secteur associatif en général. L’occasion de constater, une fois de plus, que ces mots ne sont toujours pas passés de mode.

Une situation économique qui ne cesse de se dégrader

Des précédents rapports Ipsos [1], février 2013, nous avions appris que la capacité des associations non-marchandes à trouver des moyens financiers pour mener à bien leurs missions et pour couvrir leurs dépenses de fonctionnement se dégradait à petit feu depuis 2011. Le baromètre est clair, la crise économique de 2008 est manifestement la cause de cette dégradation de la situation économique du secteur associatif mais avec un effet de retard. Les associations ont en effet commencé à ressentir concrètement les effets de la crise à partir de 2011 et certaines, seulement tout récemment. En 2012, une association sur quatre constatait que sa situation financière s’était dégradée au cours de l’année. Quelle soit de petite, de grande ou de très grande taille, c’est aujourd’hui une association sur trois qui se dit en souffrance. L’appartenance à l’une ou l’autre communauté belge n’affecte en rien ce résultat.

Des subsides qui suivent la même tendance

Très dépendant des subsides publics qui représentent en moyenne 50 % de ses recettes, le secteur associatif n’a pas fi ni de sentir les effets de cette crise. Les associations interrogées constatent pour l’année 2013 une diminution de l’ordre de 26% de leurs financements permanents et de 36 % en ce qui concerne les financements sur appel à projet, les obligeant ainsi à aller de plus en plus sur leurs réserves. "Je pense que nous sommes vraiment à un moment charnière", remarque un témoin néerlandophone. "Il y a plusieurs indicateurs qui indiquent que les effets des économies sur les subsides vont se faire sentir beaucoup plus fortement encore l’année prochaine".

Que nous le voulions ou non, la crise touche également les autorités qui accordent les subsides. Elles ont ainsi été amenées à revoir leur méthode d’attribution des subsides et à inclure des contrôles. "On rentre dans des logiques d’appels à projet beaucoup plus que dans du structurel ou du long terme durable", regrette un témoin francophone. "La concurrence devient de plus en plus forte. Les contraintes deviennent de plus en plus fortes. Donc la rentabilité financière est plus problématique qu’avant", poursuit un collègue. Les formalités pour l’obtention des subsides sont quant à elles de plus en plus complexes, diversifiées et strictes.

Ces sources habituelles de financement ne sont pas les seules à subir les retombées de la crise. Les sources supplémentaires de financement telles que les legs, dons d’entreprises de fondations ou encore d’autres organismes comme la Loterie Nationale continuent également de se réduire.

Quel impact sur la réalité des associations ?

Une structure sur deux a dû se résoudre à réduire ses coûts en 2013. Autant dire qu’on réfléchira à deux fois avant de dépenser nos fonds associatifs. "On est de plus en plus dans une logique de responsabilité de gestion" avoue un témoin francophone. Certains se veulent optimistes. Après tout, "la limitation des moyens est un booster. Je pense que c’est effectivement dans un contexte où on sent que c’est plus difficile qu’on est obligé, à la fois de se recentrer sur l’essentiel et de vérifier que ce qu’on fait est toujours bien fait, et cela est fait de façon judicieuse avec les moyens dont on dispose".

  • En termes de personnel

Si ce témoignage fait sens, il ne provient probablement pas de la catégorie des associations qui se sont vues contraintes de prendre des mesures liées à leurs ressources humaines. En 2013, une association sur deux a ainsi eu recours au licenciement d’une partie de son personnel (19 %), a dû le faire passer à un temps partiel (14 %) ou encore a recouru de manière accrue aux bénévoles (34 %). La crise ne permet pas tout, comme l’explique ce directeur qui tire la sonnette d’alarme "Je vois le rôle du bénévole évoluer négativement. Nous sentons une pression énorme sur le volontariat, afin qu’il soit presque un instrument au sein du marché du travail."

  • En termes d’activité

Pour quatre associations sur dix le manque de sources de financement met en péril le maintien de leurs activités. Autant dire qu’il constitue un sérieux frein au lancement d’activités, à leur croissance ou plus simplement à leur maintien. "Typiquement, parfois on doit licencier du personnel. Ca veut dire renoncer à certains projets, ça veut dire rationaliser", témoigne une asbl francophone.

On notera tout de même que si la situation est alarmante, peu d’associations ont dû recourir à du crédit bancaire, spécialement en ce qui concerne les très grandes et les grandes structures [2].

Quel pronostic pour 2014 ?

Pensez-vous comme la majorité des associations sondées ? A savoir que la situation économique du secteur associatif belge se dégradera davantage en 2014 ? La sixième réforme de l’Etat n’apaisant pas les plus craintifs… "Je suis très attentive à ce que va devenir la Région wallonne. Faut dire que pour 80 % de nos revenus, nous dépendons des pouvoirs publics et dans le cadre de la régionalisation des matières, pour 80 % on dépendra d’un seul bailleur de fonds interne qui sera la Région wallonne. Donc si la Région wallonne tousse à un moment donné, on risque de souffrir", déclare un témoin francophone. Interrogé sur leur propre situation financière, c’est une association sur quatre qui prévoit une dégradation dans les douze prochains mois.

Les conclusions auxquelles nous amène ce quatrième baromètre de la vie associative ne sont donc pas plus positives que celles émises en 2013. Les mêmes conseils seront donc de mise : il faut s’adapter, innover, redoubler de créativité et, peut-être, s’ouvrir aux nouveaux modes de financement que constitue notamment le financement participatif ! Et si un souhait pouvait être accordé au secteur associatif pour cette année 2014, je voterais pour celui de ce collègue néerlandophone : "Ne pas continuer à reculer car il est vraiment temps de réduire les dommages causés par les subventions. Il doit y avoir une certaine foi du gouvernement dans l’importance de ces subventions et pas seulement supposer que c’est toujours possible de fonctionner avec moins car, à un moment donné, vous touchez vraiment le fond et vous décapitez des organisations avec le risque de perdre une partie de la diversité que nous avons ici dans le secteur associatif. Les petites organisations, je ne pense pas qu’elles peuvent encore encaisser beaucoup de gifles."

Vous pouvez consulter le baromètre des associations via ce lien : http://www.kbs-frb.be/otheractivity.aspx?id=293939&langtype=2060.

Source : Alice Schils, "Crise financière : où se situent nos associations" dans Les Cahiers socio-juridiques de la FESOJ, n°11 (décembre 2013).

Alice Schils
Conseillère technique emploi - FESOJ

[1Les Cahiers socio-juridiques n°4

[2Pour être une grande asbl, il faut, lors de la clôture de l’exercice, atteindre ou dépasser au moins deux des critères suivants : moyenne annuelle du nombre de travailleurs occupés (en équivalents temps plein) : 5 ; total annuel des recettes, autres qu’exceptionnelles (hors tva) : 312 500 euros ; total du bilan : 1 249 500 euros.