Crise et chuchotements

Ce 25 mai, l’électeur a donné sa voix. Au matin du 26, la Belgique et l’Europe se lèvent avec la migraine : la déflagration a été trop forte ! Mais ce qui a fait le plus de bruit, c’est d’abord le silence assourdissant des abstentionnistes européens ; ces électeurs qui se sont fait entendre en ne disant rien. Quant aux voix qui se sont fait entendre, ce sont celles de partis europhobes, des partis du national-populisme et des séparatistes.

La veille du scrutin, au moment où l’électeur s’échauffait pour gravir ses extrêmes, Bruxelles connaissait une autre déflagration : celle d’un attentat terroriste au musée Juif.

388 millions d’électeurs européens étaient appelés à voter, ce dimanche. 43% ont choisi délibérément de s’abstenir. 166 millions de citoyens ont préféré se taire.

Ce silence a donné de la voix aux extrêmes, en Belgique, comme ailleurs en Europe.

Au Royaume-Uni, sans être extrême, le Ukip [1] dégomme les conservateurs et signifie – sans ambigüité – son désir de sortir de l’Europe.

La France, quand elle vote, monte sur un bateau dont la marine n’a pas de quoi nous rendre fiers : le FN enverra 24 eurodéputés à Strasbourg, siège de l’Europe… pour y défendre l’indépendance française, contre 3, actuellement. La vague est salée !

Le Danemark se remarque par un extrême qui s’est fait entendre avec 23% de ces mêmes voix criardes. L’Autriche fait progresser son parti d’extrême droite pour en faire sa troisième force politique du pays. La Hongrie et la Grèce font monter leurs extrêmes respectivement, à 15 et 12 %. L’Aube Dorée, parti fasciste grec, affiche fièrement ses 12%. Enfin, cerise sur le gâteau gâché, l’Allemagne enverra son premier député néo-nazi au Parlement européen.

Voilà un état des lieux d’une Europe aux idéaux descendus bien bas, qui s’éveille à des lendemains qui déchantent. Une Europe percée de toutes parts par des forces eurosceptiques, ancrées dans une extrême droite qui sème et récolte des voix, au ton geignard, qui appellent au repli sur soi et au déni de l’autre.

L’Europe de papa est bien loin derrière nous. On craint même d’apercevoir l’Europe de Grand-Papa !

La démocratie est un exercice périlleux, nous le rappelions dans le « décryptons » de la semaine dernière. Elle est aussi un exercice de mémoire qui nous rappelle que l’Histoire nous attend au tournant. La démocratie permet à n’importe quel citoyen de faire entendre sa voix, et nous nous en réjouissons, au nom même de cette démocratie.

Menacée et malmenée comme elle l’est aujourd’hui, elle rappelle que la citoyenneté est une valeur qui s’éduque, se partage, se doit d’être accompagnée et n’est jamais acquise.

L’Europe ne peut se contenter de rester sur les idées de Robert Schuman ou Jean Monnet, ses visionnaires pères fondateurs. Elle se doit d’évoluer, au sein même de ses institutions, mais bien avant ça, c’est dans l’esprit du citoyen lui-même que l’idée de l’Europe doit évoluer et continuer de se construire !

On peut penser que cet « électo-choc » donnera aux partis d’opposition la latitude nécessaire pour redonner de la voix aux citoyens qui se sont tus, en proposant un projet de société qui réveillera les appétits de citoyens désabusés.

Si « on a la démocratie qu’on mérite », la démocratie ne mérite pas que l’on se taise !

Vinciane Hubrecht
Animatrice pédagogique - Résonance
vinciane.hubrecht@resonanceasbl.be

[1Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni