Convictions : cache-cache ou carte sur table ?

Sur le terrain, dans les écoles et les associations, l’expression des convictions religieuses et philosophiques des jeunes fait de plus en plus peur. Dans notre société sécularisée où la religion est reléguée à l’arrière-plan et au sein de laquelle une grande majorité de la population est aujourd’hui indifférente à la religion, il est difficile de comprendre que pour certains, et notamment les jeunes, les convictions religieuses et philosophiques restent une facette importante de l’identité et même une ressource pour un engagement citoyen.

Beaucoup craignent que religion et esprit critique soient incompatibles. La religion ne serait-elle pas qu’obscurantisme, se demandent-ils ? De là à penser que la religion et la violence ne font qu’un, le pas est vite franchi. C’est ce contexte qui pousse vers une solution qui n’en est pas une : les jeunes devraient limiter l’expression de leurs convictions au seul cadre familial.

Outre que cette solution s’oppose à la convention des droits de l’homme qui garantit la liberté de manifester sa religion en privé et en public, les observations sur le terrain démontrent qu’ obliger les jeunes à cacher toutes expressions de leurs convictions ou les contraindre à "ne pas en parler", amènent à des non-dits, des fractures au sein de groupes de jeunes alors qu’on souhaite justement les rassembler.

Les convictions religieuses et philosophiques constituent une des composantes de l’identité façonnée au sein du cercle familial, par des parents qui cherchent à transmettre à leurs enfants des valeurs et des outils pour les faire grandir et les aider à faire face à la vie et à toutes ses difficultés. En effet, la religion donne à ceux qui croient, par exemple, l’envie de soutenir les autres comme on le lit dans le portrait de Julie, ou encore de transmettre des valeurs aux plus jeunes comme le raconte Tania. Mamadou exprime que la foi lui donne l’espoir, et pour Stéphane, les fêtes religieuses sont l’occasion de se souvenir de son héritage familial.

Pour façonner une culture commune, les convictions des jeunes croyants doivent aussi être construites en dehors du cercle familial, afin d’être confrontées aux autres conceptions du monde. Et notamment aux points de vue des jeunes qui ne sont pas croyants. Athées, agnostiques ou humanistes, ces jeunes sont porteurs de valeurs, telle que la tolérance, à partager avec tous, comme le raconte Alyssia.

C’est un des rôles complexes de l’école et des associations que de permettre aux jeunes de construire leur ouverture à l’autre et leur esprit critique dans le respect des convictions, qu’elles soient religieuses ou philosophiques. Les pouvoirs politiques doivent donner les moyens aux écoles et associations de créer les conditions de leur expression dans la sérénité. En effet, le dialogue interconvictionnel n’est pas chose aisée, il doit donc être soutenu.

C’est en mettant "carte sur table" que les jeunes pourront plus aisément trouver dans leurs convictions ce qui peut être une ressource pour notre société d’aujourd’hui. C’est en mettant « carte sur table » qu’ils pourront prouver que ces convictions ne font pas le lit de la violence, mais qu’elles peuvent participer à un projet de société commun.

Amandine Kech
MagMA
amandine.kech@mag-ma.org

Crédit photos : Marie Peltier