Complotisme et antisémitisme : Avec qui manifester notre solidarité envers le peuple palestinien ?

La nébuleuse complotiste [1], et plus particulièrement dans le monde francophone celle qui est alimentée par Thierry Meyssan, Dieudonné, Alain Soral et leurs « proches », a fomenté une posture présentée comme "anti-système" [2]. Cette posture consiste à rejeter en bloc tout discours militant, politique et médiatique autre que le leur, en fustigeant un « système » qui serait aux seules mains d’une élite mondialisée – désignée comme « juive » et/ou « sioniste » – qu’il faudrait non pas combattre (car rien n’est proposé concrètement en termes d’actions) mais « dénoncer » en boucle.

Cette posture « anti-système » foncièrement antisémite, rend le conflit israélo-palestinien paradigmatique, comme s’il suffisait à lui seul comme grille de lecture pour toute situation d’injustice au Proche-Orient, dans le monde, et pour la vie en société ici et peut facilement s’immiscer ou se confondre avec les discours des défenseurs de la cause palestinienne

Quelques balises pour y voir clair

Pour éviter de nourrir ces ambiguïtés et de glisser vers des compromissions inacceptables dans le combat démocratique et antiraciste, il y a, pour les militants pro-palestiniens, une importance capitale à préserver des lignes rouges clairement définies.

1) Il s’agit d’accorder une attention particulière aux sources bibliographiques et numériques utilisées Un article même pertinent sur un site qui est par ailleurs antisémite et/ou négationniste et/ou soutenant explicitement d’autres situations d’injustice par ailleurs (par exemple certains régimes dictatoriaux au Proche Orient ou ailleurs dans le monde) ne devrait pas être repris. Tout simplement parce que ces sites sont incompatibles et même hostiles aux valeurs de justice et de démocratie.

2) Dans le même esprit, et de manière transversale, la justesse de l’imagerie mobilisée dans les analyses et réflexions est essentielle. Dans le cadre du conflit israélo-palestinien, il s’agit d’être particulièrement attentif aux représentations et à la symbolique utilisées, de manière à éviter tout registre "ethnique", tout cliché raciste et/ou historiquement chargé (les juifs banquiers, les juifs qui tirent les ficelles, les images et symboles évoquant le génocide juif et le nazisme, etc).

3) Parallèlement, l’attention aux mots, au vocabulaire utilisé est fondamentale. L’enjeu, encore une fois, est de veiller à n’entretenir ni l’ « hyperbolation », ni l’essentialisation, ni l’instrumentalisation mémorielle, et de bannir toute référence antisémite. A cet égard, l’importance de la formation et de l’apport d’une information de qualité dans les écoles, auprès des acteurs sociaux, des militants, des politiques (etc.) est essentielle.

En filigrane de ces différents points d’attention, il y a une exigence généralisable : celle d’accorder une importance capitale - et conséquente - au choix des acteurs avec qui l’on s’associe dans nos combats et réflexions. En quelques mots simples, on pourrait dire ceci : ce n’est pas parce qu’un acteur dit défendre une même cause que nous que l’on doit considérer d’emblée qu’il est un allié. Et plus encore : les alliances de circonstances allant à l’encontre de l’intégrité des causes que nous défendons ne leurs portent-elles pas préjudice et ne les décrédibilisent-elles pas dans leurs fondements ?

Cet ajustage terminologique et sémantique est d’une nature bien plus fondamentale qu’un simple « toilettage ».Pour les militants de la cause palestinienne, il s’agit en réalité de se recentrer sur la lutte active, politique et militante que le complotisme, chantre de la passivité, évacue. Et de rendre ainsi leur combat plus cohérent, plus crédible, plus intègre… et plus efficace.

Marie Peltier
Pax Christi Wallonie-Bruxelles
mbrogniet@cjc.be

[2Voir à ce sujet l’analyse de Marie Peltier « Complosphère » et « Dissidence », le triomphe de la posture : http://paxchristiwb.be/publications/analyses/complosphere-et-dissidence-le-triomphe-de-la-posture,0000554.html