Commerce des armes : nous avons d’autres savoir-faire à exporter

Parler du commerce des armes n’est jamais une chose aisée. Une vingtaine d’associations de la société civile ont décidé de relever le défi. Elles organisent à l’initiative de Pax Christi une Semaine de la paix du 21 septembre au 2 octobre. Conférences, apéros, ballades, ciné-débats et représentations théâtrale permettront d’aborder le sujet.

Peut-on exporter des armes comme on exporte des chocolats ? - À quoi servent les armes qui sont produites en Belgique ? - Qui achète des armes et à quel prix ? - Quel est le coût des guerres ? - Qui tire des bénéfices de la vente d’armes ?

Le débat est complexe et, faute de ne pouvoir que rarement en aborder simultanément les diverses facettes, on est facilement enfermé dans un rôle et le propos vire alors au poncif. Les associations de défense des droits de l’homme défendent fermement le principe selon lequel le caractère particulier du commerce des armes nécessite qu’on lui impose des règles particulières. L’impact du commerce des armes est bien trop important, insistent-elles, pour qu’on laisse aux seuls industriels la liberté de juger de la fiabilité de leurs clients. C’est le développement et les Objectifs du Millénaire qui sont mis en danger.

D’autre part, les industries et les syndicats des travailleurs qu’elles emploient brandissent quant à eux la menace des pertes d’emplois. Toute régulation risque selon eux de mener tôt ou tard à des délocalisations vers des contrées où les règles sont moins strictes. Cette menace à laquelle ils savent les responsables politiques particulièrement sensibles semble, à entendre les syndicats, devoir figurer au premier plan des décisions prises, voire même passer au-dessus de toutes autres considérations.
Les termes du débat sont donc connus à l’avance. Doux rêveurs et fossoyeurs de l’emploi d’un côté, réalistes sans considération pour les victimes potentielles de l’autre.

Au Burundi, les autorités consacrent en moyenne 5 dollars par habitant aux soins de santé chaque année. Chaque blessure causée par une arme à feu coûte 163 dollars au système des soins de santé.
Face à ce terrible constat, nous ne pouvons rester insensible. Il est temps de mener le débat avec rigueur, sans éluder les difficultés. Une vingtaine d’organisations de la société civile organiseront donc, du 21 septembre au 2 octobre, une Semaine de la Paix consacrée au commerce des armes et à son impact sur le développement. Au cours de ces huit jours de rencontres et de débats, elles ne désespèrent pas de pouvoir engager un réel dialogue avec les diverses composantes de la société sur les enjeux du commerce des armes, du développement mais aussi de l’emploi. Ce débat est d’autant plus nécessaire que l’Assemblée générale de l’ONU devrait négocier l’an prochain les termes d’un traité international visant à établir une régulation stricte du commerce des armes.

Les partenaires de Semaine de la paix proposeront aux décideurs politiques belges quelques recommandations afin d’assurer l’éthique dans un secteur du commerce où l’enjeu final est l’intégrité de la personne et le respect de la vie humaine. La Belgique peut jouer un rôle si, en tant qu’important producteur d’armes mais aussi en tant que démocratie, elle adopte à l’ONU une position progressiste et limite encore plus ses exportations. Les citoyens également peuvent jouer un rôle. Nous les invitons à interpeller le Conseil communal de la localité dans laquelle ils résident afin de l’inciter à adopter une résolution interdisant la revente d’armes mise au rebut par la police locale et qui pourraient terminer leur vie dans une zone en conflit.

Nicolas Bossut
Pax Christi Wallonie-Bruxelles
nicolas.bossut@paxchristiwb.be