Avant qu’il ne soit trop tard…

Voici la carte blanche publiée sur le site du Soir le mercredi 27 juin, suite aux violences policières qui ont touché de jeunes militants le dimanche 17 juin. Publiée dans l’après-midi, elle a précédé de peu le rassemblement de protestation qui a eu lieu à 16h30 devant le Palais de Justice à Bruxelles, auxquels 250 personnes étaient présentes. Co-signée par le CJC et la JOC, ce texte dénonce les déviances de répression des forces de l’ordre. Le CJC soutient l’action militante de ces organisations qui luttent pour dénoncer les injustices subies par les citoyens, jeunes et moins jeunes !

Avant qu’il ne soit trop tard…

Les événements qui se sont produits ce dimanche 17 juin sont extrêmement graves. Un rapide rappel des faits : le Parti populaire (PP), qui se veut le pendant belge du FN français1, avait appelé à une manifestation contre le « fascisme vert ». Les –maigres- troupes du PP ont été rejointes par des membres du parti néonazi Nation. Bien que le PP déclare se distancer de ce groupuscule, il semble bien exister une convergence d’intérêt et de mots d’ordre entre ces deux organisations ! Au même moment, plusieurs organisations progressistes et antifascistes, dont les Jeunes FGTB et la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), appelaient à un rassemblement contre « tous les fascismes ». Alors que le groupe de manifestants antifascistes essayait de rejoindre pacifiquement le cortège de la manifestation du PP, ceux-ci se sont fait littéralement passer à tabac par la police. De nombreux témoignages de personnes présentes attestent de la violence inouïe voyant de policiers en tenue antiémeutes frappant au visage (!) de jeunes manifestants pacifistes et non armés ! Les différentes images et vidéos qui ont circulé depuis montrent assez la violence de l’agression policière.

Ces événements d’une extrême gravité nous interpellent à plus d’un titre. Il s’agit tout d’abord d’une entrave à un mode d’expression libre et démocratique par une violence inacceptable et injustifiable à l’égard de manifestants pacifiques. Mais il ne s’agit malheureusement pas d’une bavure exceptionnelle et isolée. En Belgique, d’autres manifestations ont déjà connu les ravages de la brutalité policière. Ensuite, l’attitude des forces de l’ordre laisse clairement penser qu’il ne s’agissait pas d’un dérapage d’un ou plusieurs policiers, mais bien d’une action planifiée. Une telle violence organisée de la part de l’appareil répressif d’état nous évoque les pires heures de notre histoire. Enfin, il est extrêmement choquant et inquiétant de constater que pendant que la police passait à tabac des militants antifascistes, les militants de PP et de Nation paradaient tranquillement dans les rues de la capitale et prenaient un verre Grand’ Place.

Mais au-delà de l’indignation face aux événements de ce dimanche 17 juin, nous considérons qu’ils constituent une nouvelle étape dans l’évolution malsaine du délétère climat ambiant. Depuis plusieurs semaines, nous nous inquiétons d’une dérive lente, mais résolue. D’une part, les médias semblent s’être lancés dans une course au sensationnalisme en montant en épingle certains faits et en caricaturant une réalité souvent complexe : focalisation sur le groupuscule Sharia4Belgium, importance démesurée accordée à certains faits divers, stigmatisation de certaines communautés… Il est frappant de constater le déséquilibre, au sein des médias, entre l’attention démesurée accordée à Sharia4Belgium ou à l’« affaire » du niqab à Molenbeek par rapport à l’action nauséabonde du Vlaams Belang (VB) dans une école de Schoten ou à la dernière campagne d’affichage de ce parti fasciste. De même, nous déplorons le faible traitement médiatique des événements du 17 juin. D’autre part, une grande partie du monde politique, obnubilé par les élections communales du 14 octobre, se lance dans une fuite en avant sécuritaire : militaires dans les rues, engagement de nouveaux policiers, interdiction de groupes « radicaux » par simple arrêté royal, brigades canines dans les transports… Chaque jour amène une nouvelle proposition surfant sur une lame de fond sécuritaire et répressive. Il est à ce titre « piquant » de constater que certains partis, chantres d’une stricte orthodoxie budgétaire, sont prêts à reconnaître une « exception sécuritaire » en acceptant une augmentation des budgets de la police et de l’armée. Il y a là un véritable projet de société. Le projet d’une société qui refuse de donner des moyens à l’aide sociale, à l’assurance-chômage, à l’éducation, aux services publics… bref à tout ce qui garantit la dignité humaine, l’émancipation des citoyens et le vivre ensemble, mais qui considère que la répression doit être prioritaire. Nous ne voulons pas de cette société !

Un tel positionnement des acteurs politiques et médiatiques ne peut que légitimer au sein de la population le discours raciste et excluant que portent des groupes tels que le PP ou le VB. Le cordon sanitaire semble aujourd’hui de facto rompu au vu de la couverture médiatique dont bénéficie le PP. Et l’on aura beau jeu, le soir du 17 octobre, de déplorer le score des partis d’extrême droite.

Nous ne pouvons pas tolérer cette situation. Nous ne pouvons rester sans réagir. Le silence est complice. Il est urgent de réagir, avant qu’il ne soit trop tard.

Nous ne pouvons accepter que la police passe à tabac des manifestants antifascistes et laisse en paix des militants racistes et néonazis !

Nous ne pouvons accepter que ces faits extrêmement graves ne donnent lieu qu’à de molles condamnations !

Nous ne pouvons accepter de voir le débat médiatique et l’action politique monopolisée par une fuite en avant sécuritaire.

Nous ne pouvons accepter que soit donné libre cours à un discours stigmatisant et excluant !

Signataires :

Julien Bunckens pour le Conseil de la Jeunesse Catholique
Isabelle Grippa pour la CNAPD
Luigi Mauti pour la JOC
Céline Moreau pour les Jeunes FGTB
Patricia Monville pour la JOCF
Carlos Crespo et Guéric Bosmans pour ProJeuneS