Belgique, terre d’asile ?

Depuis quelque temps, un nombre croissant de mes anciennes élèves se voient renvoyées dans leur pays d’origine (Afghanistan, Irak, Iran, Pakistan) sous prétexte que ces régions sont désormais « sûres ». Pourtant, certaines d’entre elles n’ont plus jamais donné signe de vie. A l’image de ces jeunes filles, bon nombre de jeunes immigrés, parfaitement intégrés dans leur classe, dans leur ville, rêvent d’un avenir meilleur dans leur pays de cœur et d’adoption. Un rêve devenu fragile…

Une première position peu enviable

Un sondage réalisé dans 23 pays révèle que les Belges ne sont pas ou peu favorables à l’immigration : 72 pourcents d’entre eux pensent que l’immigration est défavorable à la Belgique et 94 pourcents jugent qu’elle est trop importante [1]. Ces pourcentages particulièrement élevés sont le reflet de certaines représentations négatives liées aux immigrants : « ils volent le travail des Belges », « ils sont une charge trop lourde pour le système d’aide sociale »…

Et pourtant, selon une étude d’Itinera Institute, la Belgique est devenue une nation d’immigrants. Aujourd’hui, au moins un quart de la population belge a un ou deux parents nés étrangers. En 10 ans, la Belgique a connu une arrivée nette d’immigrants d’un demi-million de personnes qui représente environ 4,5% de la population belge.

Immigrés ou sans–papier ?

Il faut distinguer, au sein des étrangers, les réfugiés politiques et les « sans-papiers » :

  • les réfugiés bénéficient du droit d’asile parce qu’ils sont persécutés dans leur pays ou qu’ils y risquent leur vie. La Convention internationale relative au statut des réfugiés en donne une définition plus complète : il s’agit de « toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner » [2].
  • les « sans-papiers » n’ont pas de titre de séjour valable. Soit ils sont entrés illégalement sur le territoire, soit ils y sont entrés légalement et sont devenus illégaux par la suite pour des raisons personnelles mais aussi selon l’évolution de la législation concernant les droits des étrangers et l’acquisition de la nationalité.

Des stratégies politiques qui font peur…

Site Internet appelant à la délation des immigrés clandestins, octroi d’une aide médicale urgente aux illégaux à la signature d’une lettre les engageant à quitter volontairement le territoire à Anvers, renvoi de jeunes filles dans des pays où tous leurs droits sont bafoués…

Autant de propositions qui sont dénoncées par les différentes organisations défendant les droits de l’homme. Cependant, en lisant les commentaires des internautes, on ressent quelques frissons d’horreur nous parcourir l’échine.

Inspirés par ces propos racistes et ces attitudes discriminatoires voire violentes, différents partis politiques ont fait de l’immigration leur nouveau cheval de bataille. Il est, en effet, plus facile de répondre au populisme raciste que de proposer de nouvelles orientations politiques sur des matières telles que l’emploi ou l’économie.

Pour que « critiques » et « solidaires » prennent tout leur sens…

Dans quelques semaines, nous serons appelés aux urnes. Afin de contrer ces propos racistes et haineux, osons faire preuve de citoyenneté solidaire par nos votes ! Controns ces dirigeants qui faillissent à leur rôle. De fait, contrairement aux idées véhiculées dans leur discours, l’immigration est une chance pour notre pays tant au niveau du brassage des cultures que pour son économie.

Florence Vandesteene
Permanente pédagogique
florence.vandesteene@resonanceasbl.be

[2Convention Internationale de Genève relative au statut des réfugiés signée le 28/07/1951