Au-delà des murs

Il y a 25 ans, la face du monde changeait radicalement. Une immonde cicatrice, symbole du « rideau de fer » qui balafrait l’Europe et coupait le monde en deux, était balayée sous la pression de la population. Mais aujourd’hui encore, il reste des « murs de Berlin » à faire tomber.

Le matin du 13 août 1961, les Allemands de Berlin-Ouest se retrouvent encerclés par un mur qui les coupe du reste du monde. L’accès au « monde libre » se trouve bloqué pour de nombreux est-allemands et autres ressortissants des pays dominés par l’URSS. Si l’objectif mis en avant est de protéger la République Démocratique d’Allemagne et son régime communiste contre le fascisme, il semble plutôt que la construction de cette barrière est une nécessité pour empêcher l’exode de la main d’œuvre nécessaire au redressement du pays. Une sorte de prison à ciel ouvert qui finit par tomber en 1989 [1].

Aujourd’hui, évoquer ce mur devrait, à priori, simplement nous rappeler un souvenir, pas si lointain, d’une époque révolue. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Des situations très actuelles s’apparentent encore à l’expression « Mur de la Honte ».

Il y a le mur de séparation en Palestine, construit pour protéger l’Etat israélien du terrorisme, disent les autorités. En ne respectant pas du tout la « ligne verte », objet d’un accord à l’ONU, et en englobant les points d’eau, l’Etat d’Israël se met dans une situation qui rend son initiative illégitime et d’autant plus condamnable. Ce mur coupe des populations du reste du monde et fait de la Cisjordanie une prison à ciel ouvert.

Le mur érigé par les Etats-Unis, au niveau de leur frontière avec le Mexique, en vue de limiter l’immigration des ressortissants de l’Amérique latine est un autre exemple concret. L’Europe n’est pas non plus épargnée par ce phénomène. Dans certains articles de presse apparaît l’expression « la forteresse Europe ». L’enclave espagnole de Melilla est confrontée tous les jours un peu plus aux assauts de migrants venus d’Afrique pour atteindre « l’eldorado européen ».

Pouvons-nous imaginer que ces murs soient éternels ? Pouvons-nous encore nous projeter dans un monde sans frontières ?

Toutes ces questions géopolitiques peuvent sembler un peu lointaines et inaccessibles. Alors pensons simplement aussi à tous les murs, fictifs, que nous nous construisons et qui nous empêchent d’aller à la rencontre de l’autre. S’il y a bien des murs à mettre à terre, ce sont ceux-là avec lesquels chacun d’entre nous peut commencer dès maintenant dans sa vie de tous les jours.

Xavier Manche
Conseil Jeunesse Développement
xavier.manche@cjdasbl.be

[1E.WOLFRUM, Le mur de la honte dans L’Histoire, L’Allemagne de Luther à Merkel, collections n°65, octobre 2014, p.72