Agir avec Bientraitance

Ce vendredi 13 mars, à la Marlagne, l’asbl Rhizome a organisé un colloque dont la thématique était « Educateurs bien traités et bien traitants : quels liens avec le public, l’équipe et l’organisation ? ». Pas loin de 500 éducateurs sont venus questionner le concept et leurs pratiques. Aujourd’hui, la bientraitance est devenue une préoccupation de nombreux secteurs, les organisations et associations de jeunesse y compris.

Des éducateurs bien traités ?

Ce jour-là, oui ! Le Centre de Formation Educationnel Liégeois de la Haute Ecole Libre Mosane (CFEL-HELMo) a présenté une recherche en cours : « Bientraitance et maltraitance : influence du contexte et de l’organisation ». Quelles sont les logiques qui contribuent à la maltraitance en milieu institutionnel, en considérant le contexte et le caractère dynamique d’une relation « maltraitante », les conditions de travail et les éléments contextuels ? Ensuite, Didier Robin, psychologue clinicien, psychanalyste et systémicien, superviseur d’équipes et formateur et Pascal Chabot, philosophe, professeur à l’IHECS Bruxelles et auteur de « Global Burn-out », sont venus exposer quelques pistes pour dépasser les souffrances institutionnelles. L’après-midi était consacrée à différents ateliers proposant témoignages et partages d’expériences originales, de pratiques actives et réflexives de bientraitance mises en place par des équipes éducatives.

Ce colloque fut l’occasion, pour les professionnels, de se poser, de se rencontrer, d’échanger, de faire une parenthèse dans un quotidien professionnel souvent lourd humainement et émotionnellement.

L’Asbl Rhizôme est une initiative qui veut soutenir les éducateurs dans leur action et leurs réflexions sur leurs missions et leur rôle, en favorisant la circulation des informations et des connaissances, en développant les échanges, en étant un outil de dynamisation dans le secteur de l’intervention socio-éducative. Rhizôme a voulu mettre la bientraitance au centre du débat, comme étant un concept qui se vit, qui pose question, une éthique, une finalité poursuivie en filigrane de chaque activité des professionnels de l’éducation, dans toutes ses dimensions.

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Une manière d’être et d’agir plus qu’un concept

La bientraitance est un concept, une idée, une philosophie qui n’a pas de vie en soi. On ne peut la définir comme étant simplement le contraire positif de la maltraitance. Néologisme au départ et réservé à une petite part de la société dans les années 90, ce concept de bientraitance s’est étoffé au fil du temps. Aujourd’hui, dans nos organisations, être « bientraitant » signifie bien plus qu’adopter une attitude d’écoute, de bienveillance et d’ouverture à l’autre. Elle revêt, dans nos actions, une dimension éducative de première importance. On pourrait la définir comme étant l’ensemble des comportements et des attitudes qui prennent en compte la phase de développement du groupe et de la personne, avec pour objectif de lui permettre un développement harmonieux.

Agir avec bientraitance, c’est accompagner l’enfant ou le jeune vers son autonomie. C’est donc avant tout une démarche, un aller-retour permanent entre la réflexion et l’action. « Il n’existe pas de définition générale, ni de mode d’emploi : c’est dans un contexte particulier que l’on peut en déterminer les modalités » [1] , confie Bernard De Vos, Délégué général aux droits de l’enfant.

Un concept novateur ?

Un article, paru en janvier dans Victoire [2], présente ce concept comme émergeant et novateur. Réservée au départ à tous ceux qui œuvrent dans le « social », cette idée séduit de nombreux autres secteurs. Pourtant, dans le nôtre, l’idée a déjà fait son chemin. Il y a déjà plus de 10 ans, RÉSONANCE et plusieurs autres organisations de jeunesse se sont réunies, démarrant d’une volonté d’outiller les acteurs de terrain sur la prévention de la maltraitance. Manifestant clairement la volonté de prévenir les maltraitances plutôt que de les constater et d’agir en conséquence, une plateforme « Bientraitance », coordonnée par RÉSONANCE, a vu le jour et a donné naissance à un ensemble d’outils à destination des formateurs en Organisation de Jeunesse [3] .

Une responsabilité collective

Pour agir avec bientraitance, il est indispensable de se donner des temps de recul, de sortir de l’action quotidienne afin de faire l’état des lieux de ses pratiques et de les adapter si nécessaire, de confronter ses actions à celles de ses pairs, de questionner, confronter, échanger. Cette prise de distance n’a de sens que si elle est conjointement envisagée en équipe. Ensemble, on est plus fort, dit l’adage.
Plus que jamais, nos actions se doivent d’être cohérentes et renforcées par une participation de tous au projet qui est le nôtre. De cette façon, la bientraitance deviendra cohérence et non co-errance !

Pascale Tielemans
Permanente Pédagogique à l’asbl Résonance
pascale.tielemans@resonanceasbl.be

Crédits photos :
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Cette carricature est empruntée à Olivier Saive, présents au colloque.
http://jacq627.wix.com/bientraitance#!Tous les éducs à La Marlagne/zoom/c22j5/image_1cln