Adopter un rythme de croisière

La semaine de la mobilité dont la campagne s’axait sur le co-voiturage à peine clôturée, les initiatives permettant de circuler de façon plus fluide et plus efficace continuent de se multiplier. L’occasion souvent de prendre le temps en famille de redécouvrir sa ville à vélo ou tout simplement à pied. Mais, ne serait-ce pas un peu « slow » comme attitude ?

Complètement « slow » !

Stress au boulot, enfants à l’école, courses le week-end, manger vite, activités sportives, engagements bénévoles, réunions de parents…. La rentrée rime bien souvent avec une sorte de tourbillon. Résultat : après quelques semaines à ce régime, les uns tiennent le rythme … épuisés, d’autres lâchent… déprimés.

Quand Carlo Petrini, journaliste gastronomique, a lancé le Slow Food en Italie en 1986, il voulait seulement réagir contre l’envahissement des fast-food. Le concept a ensuite pris de l’ampleur en s’appliquant à toutes les sphères de la société. On parle aujourd’hui de slow parenting, de slow management, de slow tourisme, de slow city, de slow money, de slow art, de slow book ou même de slow sex.

L’idée générale est de reprendre possession de son emploi du temps et de vivre au rythme des ressources de la planète. On refuse les journées frénétiques en adoptant un itinéraire « bis », on s’écoute, on revient à des valeurs simples, on privilégie la relation en direct plutôt que via les canaux de télécommunication.
https://slowmouvement.wordpress.com/

Et si nos villes ralentissaient …

Tout commence en Toscane en 1999 lorsque les habitants d’une petite bourgade se mobilisent contre l’installation d’un McDo au nom de la qualité de vie. Assez rapidement, l’idée devient le concept d’administration de la cité, puis conquiert l’Europe entière. Aujourd’hui, des centaines de villes se sont engagées dans ce label structuré en réseau international des villes du bien vivre.

Ce mouvement « Cittaslow » rassemble donc les villes qui s’engagent à ralentir (dans le bon sens du terme) le rythme de vie de leurs citoyens. L’idée est de troquer le mode de vie « à toute allure » dans les bouchons et la cohue contre un « prendre le temps de profiter ». Savez-vous, par exemple, qu’en Belgique, nous comptons 6 communes labellisées ? Chaudfontaine, Enghien, Lens, Estinnes, Evere et Silly !

Ces villes respectent donc la charte du manifeste « Slow city » dont les principales recommandations consistent dans la mise en valeur du patrimoine urbain historique en évitant la construction de nouveaux bâtiments, la réduction des consommations énergétiques, la promotion des technologies écologiques et transports non polluants, la multiplication des espaces verts et des espaces de loisirs, la propreté (diminution des déchets et développement de programmes de recyclage), la multiplication des zones piétonnes (tiens, ça ne vous fait pas penser au récent projet de Bruxelles, ça ?), le développement des commerces de proximité, d’infrastructures collectives et d’équipements adaptés aux handicapés et aux divers âges de la vie, le développement d’une véritable démocratie participative, etc.

Pour s’assurer que les communes respectent bien leurs engagements, le réseau dispose d’inspecteurs qui effectuent périodiquement le contrôle des obligations.

Un label citoyen ?

La démocratie est au cœur du label Cittaslow. Car permettre à chacun de participer à la réflexion pour améliorer la cité, cela prend un temps considérable : « La démocratie, comme l’éducation, a besoin de lenteur » stipule la charte.
Autre conséquence pour permettre ce choix idéologique, une « cittaslow » ne peut être une grande ville et doit obligatoirement comprendre moins de 60 000 habitants. Un vrai défi vu l’accroissement démographique annuel des grandes agglomérations !

On « slow », toi et moi ?

Si vous n’habitez pas dans une « slow city », pas besoin de tout lâcher et d’aller vendre votre fromage de chèvre dans le sud de la France… chacun à son niveau peut progressivement modifier son mode de vie et influencer celui de son environnement proche.

L’objectif n’est pas de ralentir par principe mais de goûter plus pleinement à, ce que Cioran nommait, « la saveur des jours ». La semaine de la mobilité peut être une occasion aussi de prendre le temps de se balader, de découvrir les espaces verts de la région, de s’arrêter sur un banc pour lire par exemple « Vivre plus lentement » de Pascale d’Erm [1] et - qui sait ?- de prendre de bonnes résolutions pour cette année ;-).

Nathalie Flament
Coordinatrice de formations et animatrice pédagogique - Résonance asbl
nathalie.flament@resonanceasbl.be

[1Ed. Ulmer, coll. Les Nouvelles Utopies