10 minutes d’éternité

Images chocs, débats houleux, phrases clefs, comme une impression de bombardement médiatique ? Et si c’était l’occasion de consacrer du temps à décrypter, à méditer sur ce que nous faisons de toute cette époque effrénée ? Vous avez dit méditer ? Une formule magique pour mieux vivre avec soi et les autres en société ? Et si c’était plus facile à pratiquer qu’on ne l’imagine ?

Vacances médiatiques

Les médias s’en donnent à cœur joie pour nous faire part des moindres faits et gestes de nos politiciens, de ceux des pays voisins aussi, et même du citoyen lambda qui par des faits plus ou moins vertueux se trouve tout à coup en première page. Autant dire qu’il y a de quoi faire ! Ce qui se passe ailleurs dans le monde nous rappelle cependant combien c’est un privilège de pouvoir bénéficier de tant d’informations. Il n’empêche que dans ce domaine aussi nous pouvons aspirer à quelques vacances. Avoir accès à l’information est un avantage avéré, mais ce tourbillon médiatique ne nous empêche-t-il pas de penser à l’important et à l’essentiel ?

Vous avez dit méditation ?

Derrière le terme « méditation » se cache bon nombre d’idées préconçues. C’est une histoire pas toute récente, on parle de plus de 2500 ans de pratique, qui nous vient des Bouddhistes. Dans les années 60, sa dimension religieuse est supprimée pour la rendre « acceptable » pour l’Occident. La méditation est un mode de pensée hors de toute croyance pour comprendre la vraie nature de la réalité. Elle n’est pas une doctrine. Cela constitue sa force et la raison pour laquelle elle rencontre les besoins de chacun, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, tout continent confondu. Elle n’est pas non plus une pratique intellectuelle ou conceptuelle. Elle ne cherche pas à démontrer les choses, elle les observe, et offre un recul, de plus en plus souvent nécessaire.

Aujourd’hui, on remarque un intérêt croissant des scientifiques pour cette discipline. Et pour cause, plus de 600 études ont montré les bienfaits de la méditation sur la qualité du système immunitaire, sur la lutte contre le stress, l’autisme, ou l’hyperactivité des enfants. Et attention, ces bienfaits ne sont pas réservés aux initiés. Les médecins recommandent même de dépasser la dose prescrite. On peut véritablement parler de pratiques religieuses ancestrales qui basculent vers le monde de la recherche, et qui bousculent les visions classiques de la science. On fait référence aujourd’hui aux neurosciences contemplatives, la méditation serait-elle en train de conquérir le monde ?

Enseignée dans les plus grandes écoles, pratiquée dans les prisons avec les détenus et les gardiens, dans les écoles avec les élèves et dans la salle des profs, la méditation séduit aussi le monde du business. Des géants de l’innovation - Apple, Yahoo, Google - l’ont mise à l’épreuve : la méditation comme mode d’adaptation aux nouvelles formes de travail. Celles qui riment avec l’urgence et la performance. En pratiquant la méditation, les travailleurs ont remarqué un changement dans la qualité de leur écoute, une plus grande aptitude à se concentrer et à être créatif. Ils ont modifié également leur façon de répondre aux mails, prenant pleinement conscience de l’impact qu’il pourrait avoir.

Et concrètement…

On l’aura compris, la méditation n’est pas réservée aux seuls experts ou à ceux qui ont le temps, ou encore aux bobos un peu inspirés et branchés par la médecine douce, au contraire. Concrètement, on y consacre de 5 à 30 minutes par jour, dans un endroit calme où l’on se sent bien. Seul ou en groupe, les adeptes disent qu’elle est à la fois solitaire et solidaire. Il ne s’agit pas de « faire le vide », comme l’expression commune à tendance à le faire croire, mais à se remplir uniquement de ce qui est bon. Paradoxalement, pour discipliner son mental, il faut le laisser aller.

Alors, convaincus ?

Bien sûr, la méditation ne résout pas la crise, elle ne diminue pas non plus les déferlantes médiatiques, ne change pas le cours de la bourse. Elle n’évite pas les longs débats entre les majorités politiques. Quoique, un politicien qui méditerait de temps en temps s’engagerait probablement dans ces négociations avec plus de sérénité et d’ouverture. La méditation est un antidote contre un monde trop pressé. Elle comble les carences de notre société. Carence de calme. Carence de lenteur. Carence de continuité, on est trop souvent interrompu. Carence de sens. Dans la méditation, le plus difficile c’est probablement de trouver 10 minutes. Ce devrait être rien, et pourtant c’est énorme. Ce sont quelques minutes de présent, et donc d’éternité car le présent ne cesse jamais d’être présent.

Marie Bechet
Chargée de projets au CJC
mbechet@cjc.be