
« Le salafisme reste une menace sérieuse pour l’Etat Belge », affirmait Alain Winants, administrateur Général de la sûreté de l’Etat lors de la présentation annuelle du rapport 2011. Ces propos s’inscrivent dans un contexte général de criminalisation des Salafistes. Pourtant, alimenter et entretenir une psychose collective d’insécurité peut être un risque plus grand pour la démocratie que la menace brandie. Qui sont donc réellement les Salafistes ?
Les Salafistes veulent débarrasser l’islam de ce qu’ils considèrent comme des innovations. Il s’agit de le purifier, de le nettoyer par rapport à ce qui leur apparaît comme des déviations par rapport à la norme islamique. Ce mouvement de retour à la pureté originelle s’accompagne d’une méfiance à l’égard de la pluralité des interprétations de l’Islam et une certaine intransigeance à l’égard du soufisme, du chiisme mais aussi des formes d’islam populaire. Les Salafistes s’estiment dépositaires d’une orthodoxie islamique qu’ils estiment malmenée par une forme d’impérialisme culturel occidental, mais aussi par les musulmans eux-mêmes. Tout leur travail sera donc de ramener les musulmans à se ré-islamiser.
Le salafisme n’est pas un mouvement homogène. Il s’est déployé de façon complètement éclatée et se compose d’une pluralité de sous-groupes, de sensibilités parfois concurrentes entre eux. On peut distinguer trois groupes majeurs :
Fondamentalement opposé à la violence, le salafisme piétiste est un salafisme qui se désintéresse totalement du terrain politique. Il est avant tout soucieux de la pratique religieuse. Il s’agit, pour ses adeptes, qu’ils soient installés dans un pays à majorité musulmane ou non, de se préserver des souillures de la société, qu’elle soit ou non musulmane.
Le salafisme politique s’inscrit dans une logique participationniste. Les membres se constituent en parti politique comme la liste « Islam », même s’ils peuvent être en désaccord avec les principes mêmes de la démocratie. Leur programme regroupe le plus souvent des revendications d’ordre communautaire comme le halal dans les cantines des écoles, le port du voile, etc. Même si on peut condamner moralement les propositions parfois radicales des Salafistes politiques, elles ne peuvent pas pour autant être criminalisées pénalement pour autant qu’elles n’appellent pas à la haine raciale.
Le salafisme révolutionnaire est d’un ordre totalement différent. Il met l’accent sur le djihad dans sa dimension de lutte armée. Les Salafistes révolutionnaires, à l’instar de Sharia4Belgium, vont réfuter toute idée de collaboration au sein des sociétés occidentales mais aussi musulmanes. Ils sont hostiles à une action religieuse limitée à la prédication.
Si les salafismes piétiste et politique ne représentent aucun risque immédiat pour la société, le révolutionnaire est potentiellement dangereux car il peut mener ses membres à une radicalisation violente, à une remise en question de la légitimité même de l’Etat ou à un prosélytisme agressif.
Suite aux attentats du 11 septembre, les Salafistes, pourtant ultra-minoritaires au sein de la population, ont fait l’objet d’une attention accrue de la part des autorités qui les ont soupçonnés d’être des terroristes en puissance. Elles ont mis en place des mesures pour contrer les risques terroristes qui posent de nombreuses questions en termes de respect des libertés individuelles et collectives. Elles pourraient ainsi amener à une criminalisation progressive de mouvements n’ayant aucun rapport avec le terrorisme, ou même le salafisme révolutionnaire tels que des mosquées, des syndicats ou des mouvements sociaux ou des individus se réclamant du salafisme mais n’ayant jamais posé un acte s’approchant du terrorisme.
Avec 10 ans de recul, il semble désormais temps de regarder les choses en face. Les acteurs politiques ne peuvent se barricader derrière l’excuse du salafisme, sans chercher à nuancer, pour mettre en place des politiques répressives. Nos démocraties ne peuvent se permettre de criminaliser des opinions, même si ces dernières sont justement opposées aux principes mêmes de la démocratie. Elles doivent donner l’exemple du respect des valeurs qu’elles défendent.
D’autres méthodes, se distinguant d’un discours répressif, ont pu faire leurs preuves. Face à un courant comme le salafisme, qu’il soit piétiste, politique ou révolutionnaire, nous devons faire preuve de persuasion. Peut-être perdons-nous foi dans les vertus de la démocratie mais si tel n’est pas le cas, nous savons que c’est sur une dynamique d’argumentation que nous devons nous appuyer. Dans un tel débat, les arguments d’autorité ne peuvent porter. Chacun est donc amené à faire ses preuves par l’exemple.
Plus largement, il revient à l’Etat d’être attentif à ne pas instrumentaliser la présence du courant salafiste dans la communauté musulmane de Belgique à des fins électoralistes et populistes. En fomentant un climat de peur et de méfiance récurrent à l’égard de nos concitoyens musulmans et en stimulant un imaginaire collectif rempli de clichés et de méconnaissances, une certaine partie de la classe politique se rend responsable d’un renforcement du communautarisme et d’une montée de l’islamophobie. Le vivre ensemble sera au prix d’une volonté de connaissance mutuelle et d’une dynamique démocratique non-austracisante et inclusive. C’est dans ce sens que nous devons, dès aujourd’hui, nous engager…
Nicolas Bossut
Pax Christi Wallonie-Bruxelles
nicolas.bossut@paxchristiwb.be
Une version plus complète de cet article sera disponible dans la revue Signes des temps dont l’abonnement est disponible gratuitement.
Contrairement aux aristocrates des siècles passés pour lesquels travailler n’était pas une activité décente, notre vie tourne autour d’un travail. S’y préparer, s’y former, le chercher, l’occuper... La perspective de travailler façonne notre adolescence, notre vie d’adulte, et définit même notre vie de « retraité ». La valeur travail a-t-elle beaucoup évolué ? Compte-elle autant ou davantage qu’avant ?
Avoir un travail, occuper un emploi est un objectif majeur d’un citoyen. Toute notre existence et nos institutions tournent autour de cette perspective ; une école en apprentissage ? Une formation avec stage ? Des études en alternance ? L’instruction et l’enseignement ne viennent pas seulement compléter notre éducation familiale, mais surtout, sont pensées comme un tremplin vers ce qu’on appelle la vie active.
Travailler pour exister
D’ailleurs, le terme n’est pas anodin, « vie active ». Et quand on ne cherche pas d’emploi, on serait « inactif » ? De nombreux parents au foyer pourraient témoigner que ne pas occuper un emploi n’est pas systématiquement synonyme d’inactivité.
« Que faites-vous dans la vie ? » Cette question valide le fait qu’on est actif dans la société qu’à travers un emploi, des études permettant d’aller vers un emploi, une formation permettant de changer d’emploi… ou une pension bien méritée après avoir occupé un emploi. C’est la petite question classique (qui tue) pour entrer en contact avec quelqu’un ne laisse pas indifférent, surtout quand on ne fait… rien. Rien ? Avez-vous remarqué que répondre par autre chose qu’un emploi très défini constitue souvent une source de gêne ? Comme si, parce qu’on n’a pas d’emploi, on ne fait rien qui soit digne d’être qualifié comme activité. « Je suis entre deux emplois », « je me recycle dans une formation », « c’est un peu compliqué… », « je suis dans une phase intermédiaire… ». Bref, quand on n’a pas d’emploi, ce n’est pas toujours évident de répondre à cette question et de se placer dans l’imaginaire de son interlocuteur.
Travailler pour subsister
Contrairement aux générations précédentes, un seul salaire par ménage est synonyme de risque financier. Là où auparavant il était naturel et surtout viable financièrement, que l’épouse d’un ménage ne travaille pas, de nos jours c’est souvent considéré comme un risque.
Finies les années de prospérité économique où l’avenir était imaginé toujours plus rose que le présent ! Les termes de crise, restructuration, licenciement, précarité obnubilent les perspectives futures. Et le fait de ne pas travailler engendre bien des chimères…
Travailler pour gagner
La fameuse phrase « Travailler plus pour gagner plus » a ceci d’intéressant qu’il combine la valeur promue ces 100 dernières années (le travail) avec celle du toujours plus, de l’ambition compétitive. C’est ainsi que lorsque les plus riches deviennent plus riches, les plus pauvres… deviennent plus pauvres. Avec l’idée sous-jacente que quand on veut, on peut, et que si on ne peut pas, c’est sans doute qu’on ne le veut pas. Et ne pas le vouloir, c’est inconcevable, puisque travailler et gagner de l’argent (plus que jamais lié l’un à l’autre) serait notre but dans la vie !
Travailler pour avoir les moyens de faire autre chose que travailler
Pourtant, les générations Y (nées des années 80) et bientôt Z (nées des années 2000), ne portent pas la valeur travail autant que les générations précédentes. La qualité de vie est primordiale, certes, mais se compose d’autres éléments que le salaire et la carrière. Le temps consacré à la famille, aux loisirs, doit être non négligeable et ne doit pas être réduit à la portion congrue.
Génération des enfants « clé au cou », dont les parents travaillaient tard, la génération Y ne veut pas reproduire la parentalité absente caractéristique des années 80 (pour une autre référence série, cf « Madame est servie », famille monoparentale où maman travaille et n’a pas le temps de s’occuper de la maison).
Les termes « bien-être », « équilibre » façonnent de façon sous-jacente la manière dont les jeunes générations abordent les différents aspects de la vie. C’est bien là où réside le nœud entre ces différentes générations qui se côtoient et tentent de travailler ensemble. Travailler c’est bien. Exister, c’est mieux.
Laetitia Vignaud
Responsable Commu-Péda
lvignaud@cjc.be
Eduquer, enseigner sont deux termes bien distincts. Eduquer a une valeur plus large reconnue par différentes instances internationales. Enseigner possède une vertu plus fine et pointue qu’est la transmission des savoirs. Dans les deux cas, l’Ecole et ses acteurs devraient en profiter largement. Quelle société voulons-nous ? Quels projets pour celle-ci ? Comment combattre cette crise économique ? Investir à bon escient dans l’École, l’Enseignement n’est-il pas le bon pari ?
Des réflexions s’installent…
Fin mars, huit villes du pays sont le théâtre de manifestations de jeunes étudiants francophones et néerlandophones qui militent pour un enseignement de qualité. Cette revendication est légitime. Investir dans l’enseignement, c’est rentable à moyen, à long et même à court terme rappelle l’OCDE.
Car si l’enseignement est une matière qui, depuis 1989, relève de la compétence des Communautés, cela doit être un enjeu politique national.
Les divers projets du Ministre Jean-Claude Marcourt tant sur la refonte de l’enseignement supérieur que sur la réforme de la formation initiale des enseignants montrent à souhait la nécessité de donner les moyens à l’École pour que nos jeunes étudiants soient mieux encadrés et formés. Ces moyens sont de l’ordre du financement pour la rénovation et la construction de bâtiments scolaires ainsi que de la valorisation salariale des enseignants. En France, une nouvelle École se met en place, également.
Comme on le voit la marmite Ecole bouillonne à différents niveaux pour le bien de chacun, pour une Ecole et un enseignement adaptés.
Valoriser, respecter le jeune qui apprend et son prof
Des mesures importantes ont le vent en poupe pour le moment dans l’enseignement comme le nombre d’élèves par classe, la question de la nécessité du redoublement, le regroupement d’institutions, le coût des études, l’installation des caméras de surveillance, l’augmentation des ‘pions’, l’information et l’orientation des études, le décret inscription… L’essence même de l’enseignement n’est pas là. Il se trouve dans la transmission des savoirs, dans une nouvelle approche où l’enseignant n’est plus le seul à déblatérer son savoir, ses connaissances. L’enseignement doit se vivre en fonction de l’évolution des outils utilisés (comme les cours numériques) par les jeunes et pour les jeunes. Une adaptation s’impose. En pédagogie ces conceptions s’affrontent encore : l’enfant est-il un vase vide à remplir avec des connaissances objectives sur le monde ou est-il l’acteur de la construction de ses connaissances selon « l’auto-socio-construction des savoirs » ? Il s’agit de passer d’un acte de gavage (l’éducation confondue avec l’instruction) à un processus de libération des qualités des élèves, d’une pédagogie de l’entonnoir à une de l’action.
Cette nouvelle approche du savoir fondée sur le dialogue, sur le sens de la découverte personnelle, sur le développement de l’esprit d’analyse et du sens critique, sur l’éveil de la curiosité intellectuelle fera que le jeune deviendra un acteur actif de son développement. Cette exigence devrait permettre de réinstaller l’enseignement dans l’ordre du désirable, de ce qu’on aime, et pas de ce qu’on rejette. En 2013, l’enseignant n’est plus là comme autorité intellectuelle mais plutôt comme un accompagnateur, un facilitateur pour le jeune. Il est là pour l’élève et non pour lui-même. L’enseignant doit revenir au centre des préoccupations du politique tant dans sa formation, dans sa revalorisation salariale que dans une nouvelle reconnaissance de la société. En classe, il doit pouvoir donner le goût d’apprendre, de chercher, de construire pour que l’apprenant soit acteur de ses démarches, de ses découvertes. Tout ceci doit pouvoir se faire dans un cadre accueillant, confortable et propice à la réflexion.
Donner à chacun l’occasion de venir à l’école pour apprendre, découvrir, partager et construire un savoir et, ce dans un cadre agréable pour tous. Certains en doutent mais enseigner est un vrai métier. Pourtant, l’enseignant se fait rare. Sans profs, pas de formation. Sans formation, pas d’avenir. Sans avenir, une société se meurt. C’est une société qui ne sait plus vivre ses projets pour faire face aux enjeux quotidiens et futurs. Peut-on l’accepter quand on se veut CRACS ?
Jean-Philippe Schmidt
Détaché Pédagogique
jpschmidt@cjc.be
Tu as une idée, un projet, et tu en as marre de remplir des demandes de subsides ou de vendre des gaufres et des bics au porte à porte pour le réaliser ? Le crowdfunding ou financement participatif révolutionne le financement de projet en tirant partie des réseaux sociaux !
Le crowdfunding, c’est quoi ?
Littéralement "financement par la foule", cette méthode consiste à financer tout un projet par des particuliers, voir des inconnus. Une des particularités est l’absence, ou en tous cas la réduction de l’intervention d’intermédiaire dans le processus. Ceux qui donnent le font directement à ceux qui proposent un projet. Par exemples, pas d’intervention de l’Etat qui répartit les subventions d’une enveloppe fermée et donc limitée, pas de producteurs qui s’approprient le projet et font des choix ‘commerciaux’ et arbitraires, pas d’actionnaires à qui il faut rendre des comptes et qui ont leur mot à dire alors qu’ils n’ont pas les connaissances suffisantes du produit ! C’est donc une nouvelle forme de mécénat "collectif web 3.0". Des particuliers offrent une somme à une personne qui s’est engagée à l’utiliser pour un projet bien défini. Il s’agit d’une promesse de don interpersonnelle.
La présentation du projet est cruciale pour attirer les dons. La plupart des sites recommandent de poster une vidéo, pour le côté humain. Mais le plus important sera la description du projet, assortie d’un budget pour montrer à quoi va servir l’argent, un échéancier, et des contreparties (ce sont les avantages dont les donneurs peuvent bénéficier).
La plupart du temps, ce sont donc des projets aboutis, qui ont nécessité des recherches, du travail préparatoire, voire des prototypes qui sont proposés. L’argent récolté servira donc à promouvoir le projet, le réaliser et le distribuer à plus grande échelle. L’argent ne rémunère pas le travail fourni, mais offre le financement nécessaire à lancer une production et une diffusion.
Au final, les projets financés représentent donc l’intérêt et le choix des gens, d’un groupe, et non ceux d’une personne qui gère un gros portefeuille.
Quelle garantie ?
Pour le ’’donneur’’, la somme promise n’est débitée que si un montant minimum est atteint. Ce montant est prévu par le propriétaire du projet.
En plus, il y a les contreparties ! Sans être obligatoires elles peuvent constituer une motivation importante à donner de l’argent : souvent, les contributeurs peuvent bénéficier du projet en avant-première, à prix réduit… En fonction de la somme promise, des contreparties diverses sont offertes. Tu promets 5€ pour la production d’un CD ? Tu en recevras les musiques au format MP3. 20€ ? Tu recevras le CD. 50€ ? Tu recevras le CD et une place pour le concert du groupe. Ces contreparties renforcent donc l’engagement moral de celui qui propose son projet.
Les sites qui permettent de faire cet appel de dons offrent une structure rassurante. C’est le seul intermédiaire, qui est une occasion de donner plus de visibilité à un projet.
Un exemple vaut mieux qu’un long discours
Pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants, prenons un exemple concret, tiré du site Kickstarter. Mateo di Pascale, de Milan en Italie, a réalisé des recherches pendant 2 ans pour compiler les images des tarots, du design moderne, et de la Gestalt, une forme de psychothérapie. Il a réalisé un jeu de 78 cartes, chacune accompagnée d’explications. Il a pour but de faire travailler l’imagination et la créativité. Pour financer la production de son jeu, Mateo a fait un appel de dons sur le site Kickstarter. Il a proposé des contreparties allant du jeu envoyé en version digitale, à une session de travail d’une journée avec l’auteur pour expliquer comment utiliser le jeu de cartes. Et il a récolté 3 fois plus que ce qu’il lui fallait ! Il va pouvoir éditer son jeu en plus d’exemplaires que prévu !
Au travers de toutes les possibilités qu’offrent Internet, le crowdfunding est un outil qui met en lien des personnes, qui responsabilise, qui valorise l’engagement... Vous voyez où je veux en venir ?
Cédric De Longueville
Permanent pédagogique
cedric.delongueville@resonanceasbl.be
Des exemples de sites de financement collectif :
Kickstarter (eng)
Sposume (eng)
Indiegogo (fr/eng)
Ulule (fr)
Octopousse (fr) ()
Kisskissbankbank (fr) ()
Arizuka (fr) ()
Babeldoor (fr) ()
Ce dimanche 24 mars, à Bruxelles, une cinquantaine d’organisations rassemblant syndicats, ONG, entreprises sociales ont lancé NEW B, une nouvelle banque coopérative belge. Cette annonce fût immédiatement diffusée auprès de l’ensemble des citoyens. Mais, au final, qu’est-ce qui distingue une banque coopérative d’une autre ? N’est-on pas en train de nous vendre du rêve ?
A l’heure actuelle New B n’est qu’une coopérative, ce n’est pas encore une banque. Pour le devenir, elle devra rentrer un dossier auprès de la Banque Nationale de Belgique et remplir toute une série de conditions strictes. Les citoyens qui ont acheté une part, prennent donc un risque, certes limité, de voir leur investissement disparaitre.
Les coopératives adhèrent toutes à des valeurs telles que le contrôle démocratique par les membres, l’engagement envers la communauté ou la participation économique des membres. En plus, dans le cas de New B, il ne peut y avoir que 25% de coopérateurs non-clients de la banque : en d’autres termes, d’investisseurs privés.
Quelques points de nuance
Nous pouvons nous questionner sur la réelle transparence de l’organisation. L’ensemble des coopérateurs disposera de toutes les informations nécessaires mais possèdent-ils les clefs pour pouvoir les analyser ? Il s’agit du même problème que toute démocratie connaît : la complexité et la technicité des informations rend parfois tout décryptage impossible.
Les précédentes banques coopératives ont périclité lorsque leur expansion est devenue incontrôlable. Selon Bernard Bayot, président de la coopérative, la solution pour ne pas tomber dans le même travers, est de ne pas se détourner de son objectif principal, à savoir servir l’intérêt général.
Des points positifs ?
La différence majeure entre New B et les banques classiques que nous connaissons réside dans la structure des propriétaires. Dans une coopérative, un homme/femme est égal à une voix, peu importe le nombre de parts qu’il/elle possède. Ensuite, il n’est pas possible d’acheter ou de vendre ses participations comme des actions, des délais et des règles fixent l’ensemble des procédures.
A priori, la politique de rémunération sera très sobre, le salaire du grand patron ne sera pas supérieur à cinq fois du plus bas. Il n’y aura pas de parachutes dorés ni de bonus et les dirigeants ne pourront pas être défrayés par l’acquisition de parts de la coopérative.
Ensuite, la répartition des bénéfices suivra des règles strictes établies par l’Assemblée Générale et en priorité pour les fonds propres. Les coopérateurs ne pourront percevoir que maximum 6 pourcents par an de plus-value sur leurs parts.
Toujours selon Bernard Bayot, la banque promouvra l’inclusion financière. C’est-à-dire qu’elle permettra au plus grand nombre d’avoir accès aux crédits et emprunts hypothécaires dans des conditions acceptables pour l’organisme prêteur mais également pour les clients.
Le coopérateur étant également client de la banque, il n’aura aucun intérêt à diminuer la qualité du service (donc faire baisser les dépenses) afin d’augmenter potentiellement son dividende. Cela permet d’éviter la course au rendement à court terme que connaissent la plupart des grandes entreprises d’aujourd’hui.
New B a tous les arguments pour plaire à ceux qui désirent opter pour un autre modèle bancaire. Le modèle qu’elle propose semble viable, il restera à obtenir la licence nécessaire à la pratique de ce métier avant toute autre chose. A ce stade-ci, nous pouvons déjà saluer la méthode d’éducation permanente qui a été utilisée dans la gestion de ce projet et dont nous pouvons nous inspirer dans notre action quotidienne.
Mathieu Biset
Chargé de projet - CJC
mbiset@cjc.be
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