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Selon nous
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8/02/2013

En quelques années, les extrémismes européens ont connu une vraie révolution copernicienne. Ils ont tourné le dos à leurs vieilles obsessions et sont devenus, en apparence du moins, les plus fidèles alliés des juifs, des féministes et même des homosexuels. Désormais, leur cible, c’est l’Islam, une religion qu’ils accusent de tous les maux. Comment cette rhétorique guerrière est-elle construite ? Comment traverse-t-elle les anciens clivages politiques ? Quels sont ses dangers ?

En Belgique, c’est Mischaël Modrikamen, président du Parti populaire, qui porte ce discours. Début décembre 2012, il appelait les Belges à manifester pour défendre leurs valeurs et traditions. La vidéo qu’il publie sur Youtube à cette occasion est un archétype du discours islamophobe.



« Nos valeurs sont attaquées ! La Belgique est attaquée ! » Le président du Parti populaire n’y va pas par quatre chemins, l’heure est grave, nous dit-il. Mais qu’y a-t-il de si grave pour inquiéter l’affable avocat bruxellois ?

« La Belgique est attaquée de l’intérieur par une minorité qui voudrait nous imposer ses valeurs et ses traditions. », explique-t-il avec le plus grand sérieux. Cette minorité, dont on comprend vite qu’elle est musulmane, aurait pour objectif l’instauration de la loi islamique dans notre pays et la destruction de la démocratie, de nos traditions et de nos valeurs. Rien de moins.

Ces objectifs, du moins en ce qui concerne l’imposition de la charia, sont grosso modo ceux qu’on peut retrouver dans les élucubrations de groupes ultra-minoritaires comme Sharia4Belgium dont La Libre disait encore récemment qu’il ne s’agissait finalement que d’une « bande de jeunes maniant le simplisme pour cacher le vide abyssal de leur pensée politique » . Dire que la population musulmane de Belgique soutiendrait ces adolescents attardés dans leur quête désespérée de reconnaissance relève de l’imposture. Ce serait confondre islam et extrémisme radical. Le président du Parti populaire n’est pas à un amalgame près. Il peut donc en rajouter un sans rougir.

Ce que Mischaël Modrikamen sous-entend également, c’est que l’attaque qu’il dénonce, est « orchestrée ». Il souscrit ainsi à la théorie du complot musulman. S’appuyant sur le Protocole des Sages de Sion [1] , la propagande nazie prétendait également au début des années 30 que les Juifs avaient pour objectif d’anéantir la Chrétienté et de dominer le monde. Les victimes ont changé mais le discours persiste avec les conséquences potentiellement dévastatrices qu’il comporte.

Mischaël Modrikamen va encore plus loin. Il explique que « cette œuvre de destruction est orchestrée avec la complicité de nos dirigeants politiques ». À coups d’accommodements raisonnables et principes multiculturalistes, ces politiciens mettraient les Belges en danger. Beaucoup d’extrémistes sont, à l’instar du président du Parti populaire, persuadés que les élites les ont trahis.

Face au danger de l’Islam, elles auraient renoncé à se battre. Elles se seraient soumises à la loi du silence de peur de représailles. Dans la même veine, Alain Destexhe, l’ineffable député MR n’hésitait pas à déclarer récemment : « Je pense que beaucoup de journalistes s’autocensurent. Il ne fait vraiment pas bon d’aborder ces questions. Vous risquez d’être voué aux gémonies et d’être condamné socialement. » [2]

Face à cette vision du monde complètement déformée par la paranoïa, il est difficile d’argumenter. En effet, ceux qui, comme Mischaël Modrikamen, la partagent ne cessent de chercher dans le réel la confirmation de leurs pires craintes.

Il est pourtant nécessaire de lutter pied à pied contre la banalisation d’un tel discours porteur de haine, de rappeler que nos valeurs, celles que le président du Parti populaire prétend défendre, sont précisément celles de la liberté et de l’égalité. Il est tout autant nécessaire de rappeler qu’en Belgique, toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, y compris si cette religion n’est pas celle de la majorité, et que ce droit implique la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé.

C’est en respectant ces valeurs de respect et de tolérance que vilipende Mischaël Modrikamen que nous pourrons lutter contre tous les extrémismes, celui du Parti populaire comme celui de la liste Islam ou de Sharia4Belgium.

Nicolas Bossut
Pax Christi Wallonie-Bruxelles
nicolas.bossut@paxchristiwb.be

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25/01/2013

Le 15 janvier, le « kern » a confirmé que la Belgique allait s’impliquer dans le conflit malien. Au-delà des interrogations légitimes que posent une telle intervention, la décision du « kern » questionne le fonctionnement de notre démocratie.

La démocratie n’est jamais acquise. Elle s’acquiert à chaque débat, chaque vote. Le Parlement doit être plus qu’une façade de démocratie, c’est un lieu de débat et d’échanges d’idées, un lieu où le peuple, par ses représentants, influe sur l’évolution du cours des choses. Pour une des plus importantes décisions que le gouvernement peut prendre, une décision qui peut mettre en danger des vies humaines, non seulement le débat démocratique est absent, mais le droit et l’accès à l’information aussi.

Depuis la Seconde guerre mondiale, la Belgique ne rentre plus “officiellement” en guerre, mais elle reste active par le biais d’opérations militaires, de maintien de la paix ou par l’apport d’un soutien logistique à nos alliés. Ces décisions incombent au Gouvernement seul. Au plan constitutionnel, il n’y a pas de consultation parlementaire, pas de débat, pas de vote. L’accès à ces informations, le coût que cela engendre, le degré de risque pour nos militaires, tout ceci demeure opaque autant aux yeux des parlementaires qu’à ceux des citoyens. La vie des militaires belges est, au final, dans les mains d’une poignée de personnes qui se concertent à l’abri des regards, en l’occurrence, le « kern ».

En analysant la situation dans d’autres pays, notre inertie démocratique n’en est que plus flagrante. En Allemagne, au Japon, en Suède, en Irlande, tout envoi de troupes fait l’objet d’un vote parlementaire. Chez nos voisins allemands, il y a même la possibilité de suspendre une opération en cours, en Irlande, même en temps de guerre, c’est au Parlement qu’il incombe de prendre les décisions. En France, les parlementaires peuvent interrompre une intervention militaire si celle-ci dure au-delà de quatre mois. Nombre de pays imposent également que toute intervention soit conforme aux engagements internationaux. Ce qui pourrait paraître évident ne l’est pas pour la Belgique qui n’a pas hésité à intervenir dans certains pays sans l’accord de l’ONU.

Afin de réveiller notre démocratie de son sommeil, nous proposons un amendement à l’article 167 de la constitution belge qui encadre les prérogatives gouvernementales en matières militaires. Un tel amendement devrait remettre l’entrée en guerre dans les mains du Parlement et obliger le gouvernement à la transparence la plus complète.

À nos yeux, une telle modification de la constitution impliquerait trois choses. Tout d’abord, toute entrée en guerre ou toute intervention des forces armées nationales à l’étranger doivent être précédée d’une information claire et précise du Parlement à propos des objectifs poursuivis et de la stratégie de sortie de crise. Deuxièmement, lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois, le Gouvernement soumet sa prolongation pour une année renouvelable à l’autorisation du Parlement. Dernière implication, aucune entrée en guerre ni aucune intervention militaire à l’étranger ne peut se faire au mépris des engagements internationaux de la Belgique et en particulier de la Charte de l’ONU.

L’entrée en guerre est un sujet qui ne laisse indifférent, elle enflamme les consciences dont les voix tombent sur des oreilles sourdes, l’impuissance pousse au rejet du politique, des politiciens et de la démocratie. Le débat et le vote parlementaire permettraient de redorer le blason de nos procédés démocratiques. Peu importe le parti au pouvoir, peu importe la direction que le gouvernement suit, peu importe le poids de nos alliances, l’envoi de troupes doit demeurer dans les mains du Parlement.

Nicolas Bossut et Jonathan Ketchell
Pax Christi Wallonie-Bruxelles
nicolas.bossut@paxchristiwb.be

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19/11/2012

Un mois après les élections communales, beaucoup de majorités sont d’ores et déjà formées. Mais dans certaines villes, la tâche est plus complexe que dans d’autres. Par exemple, depuis mardi dernier, la liste « Stadslijst » emmenée par le Bourgmestre sortant d’Anvers, Patrick Janssens et composée du CD&V et du sp.a, n’a pas résisté à la pression des négociations.

Une question légitime pointe le bout de son nez : que deviennent les votes des citoyens lors de la conclusion des accords communaux ? Comment sommes-nous arrivés à un processus qui permettrait de ne pas respecter le choix des électeurs, notre voix ?

Le point de départ : un système électoral complexe…

En Belgique, pour les élections communales notamment, nous utilisons un mode de scrutin qualifié de proportionnel. En outre, le système utilise des listes pré-ordonnées non bloquées, en d’autres termes nous avons la possibilité de modifier l’ordre de la liste par l’utilisation des votes préférentiels.

Ce système prévoit de répartir proportionnellement à leur poids électoral les mandats communaux entre plusieurs formations politiques. Il leur incombe de former une majorité réunissant au moins la moitié des élus +1.

… mais juste ?

Certains auteurs ont analysé les conséquences du choix du système proportionnel versus le système majoritaire (où la liste avec le plus grand nombre de voix rafle l’ensemble des sièges).

Parmi les arguments évoqués, dans un système majoritaire, notre voix est prise en considération par le gouvernement, ou pas. Il n’y a pas de demi-mesure.

Par contre, le système proportionnel permettrait une représentativité plus grande de la population. Chaque tendance politique a la possibilité d’obtenir des élus. Il permettrait également une gouvernance plus stable dans le temps mais donc plus nuancée. Le paquebot « commune » voguerait sur les flots en déviant, par exemple, sa route légèrement vers la gauche ou la droite. Alors qu’à l’opposé, il virerait brutalement de bord tous les 6 ans.

Enfin, cela signifie que l’électeur n’a pas la connaissance absolue de ce que deviendra son vote, celui-ci pouvant potentiellement participer à diverses majorités avec tout autant de nuances politiques.

Aux communales : les listes de cartel ou dites d’ouverture

Nous le voyons à Anvers, il existe de nombreuses communes où des listes ne font référence à aucun parti politique officiel. Ici, la « Stadslijt » regroupait des candidats CD&V et sp.a. Il n’est donc pas possible pour l’électeur de se référer aux idéologies de partis. Pour murir sa réflexion et pouvoir poser un choix (en bon CRACS), il doit disposer de moyens, de supports spécifiques à sa commune.

Idéalement, il utilisera les programmes, les déclarations ou bien encore les différents échanges qu’il aura vécu pendant la campagne électorale.

Tout cet appareillage est souvent cadré par la liste pour que les points de vue défendus soient en adéquation avec la référence : le programme électoral. Rares sont les candidats qui défendent leur projet personnel à tout prix.

Quelles sont les conséquences de cette rupture de liste ?

Nous pouvons subdiviser les électeurs en deux catégories : ceux qui ont procédé à des votes de préférences et ceux qui ont voté en tête de liste.

Pour les premiers, l’implosion de la liste n’aura pas de grande influence, chaque élu conserve ses voix de préférence ainsi que son siège de conseiller communal. Nous pouvons considérer que son vote aura été respecté. Un léger bémol est à émettre pour les candidats non-élus ; en effet, le nombre de voix nécessaire pour accéder au conseil communal n’est pas identique pour chaque liste. À score identique, un candidat aurait pu être élu s’il avait été sur une autre liste.

Qu’en est-il pour les seconds ? Leur vote est noyé dans la masse, il est impossible de savoir à quelle composante il était destiné. Encore pire, s’ils ont fait le choix d’une liste dépassant les simples clivages politiques habituels avec un projet à vision plurielle, son vote ne sera pas respecté. Il sera simplement « transféré » au 1er ou 2è de la liste grâce au système de dévolution des votes en tête de liste.

Nous constatons que la réponse à la question n’est pas simple ! Elle se décline sous deux angles différents

Si techniquement, le vote de l’électeur est respecté. Ce sont les élus qui désignent la majorité et le collège communal et qui approuvent le pacte de majorité (sorte de programme commun pour les 6 ans à venir).

Ethiquement, nous sommes bien loin d’être dans du positif. L’expression démocratique de l’opinion des citoyens risque de ne pas être écoutée et ce, uniquement pour des questions de stratégie politique. Une adaptation de la loi est-elle nécessaire ? Pas forcément, les élus doivent d’abord se comporter en citoyens responsables. Ce n’est malheureusement pas le cas à Anvers où les accords prévalent sur le respect de l’expression des citoyens…

Mathieu Biset
Chargé de projet - Cellule de soutien du CJC
mbiset@cjc.be

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31/10/2012

C’est en substance le message qui transparait dans le projet de loi de la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet. Le projet propose d’appliquer aux jeunes dès l’âge de 14 ans des sanctions administratives, délivrées aux jeunes par les communes. Elles deviendraient donc à la fois juge et partie. Alors vouloir lutter contre les incivilités, pourquoi pas, mais de là à faire passer nos jeunes pour des délinquants, c’est un peu fort, non ?

Lors des élections communales d’octobre, de nombreux débats se sont concentrés sur la question de la sécurité. S’il est vrai que les incivilités, petites et grandes, renforcent le sentiment d’insécurité dans nos communes, certains discours (tous les programmes des partis politiques font référence à la sécurité) nous pousseraient à croire que les jeunes sont exclusivement à la source de ces désagréments. Pour preuve, plusieurs mesures sont strictement tournées vers la jeunesse : les couvre-feux et l’interdiction de regroupement imposés aux jeunes dans plusieurs communes ; le programme VIP -« Very Irritating Police » ( la police de la Westkust peut harceler « les jeunes qui trainent » via des demandes répétées à présenter leurs papiers d’identité) ; des mesures proposées pour sécuriser les parcs récréatifs et en interdire l’accès aux jeunes considérés comme « turbulents » ; la possibilité pour les communes d’interdire l’accès des cimetières aux mineurs, etc.

Vision biaisée et subjectivité

Notre société considère nos jeunes comme des éléments perturbateurs plutôt que comme des citoyens intégrés dans leur commune. Les mesures mettent systématiquement l’accent sur la répression plutôt que sur la prévention. Le projet de loi sur les sanctions administratives dès 14 ans confirme à nouveau cette position, nous ne pouvons soutenir ce projet qui stigmatise les jeunes et leurs comportements. Il permettrait de sanctionner pénalement certaines infractions en n’assurant pas les mêmes garanties en termes de droits de la défense ! En effet, la commune se verrait attribuer un rôle de juge alors qu’elle est partie prenante au litige. L’impartialité de la justice est clairement mise à mal dans cette loi. Les jeunes et moins jeunes risquent d’être victime d’abus de répression.

Une autre faiblesse de ce projet de loi réside dans la notion d’incivilité. Comme le concept ne repose sur aucune base juridique, de nouveau l’arbitraire pourrait régner pour définir ces incivilités. Il y a un risque par exemple que ces conceptions diffèrent d’une commune à l’autre. Comment garantir à chacun une égalité de traitement dans ces circonstances ?

Les jeunes, on y croit !

Issus des organisations de jeunesse, nous travaillons tous les jours avec ces jeunes et montons ensemble des projets constructifs. Il serait intéressant plutôt que de s’attaquer aux conséquences de certains dérapages de travailler sur les causes de ceux-ci. Suivons l’adage « prévenir plutôt que guérir », en mettant davantage de moyens sur la prévention, par exemple : par la mise en place de politiques spécifiques de prévention, d’éducation et d’accueil, etc. Les communes, institutions proches des citoyens, doivent rester des interlocuteurs privilégiés et être à l’initiative de dialogue entre citoyens d’un même quartier, d’une même ville.

Sur son site internet, la Ministre de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse, Évelyne Huytebroeck confirme nos hypothèses. Ce projet de loi n’apporte rien comme solution structurelle. Si la société veut réellement agir sur ces comportements problématiques, elle doit agir en combinant ses sanctions d’un accompagnement adéquat. En effet, les mesures de répression pures sont contre-productives. Il faut envisager ces mesures en parallèle à un accompagnement et un soutien auprès des familles de ces jeunes souvent en proie à des problèmes sociaux bien plus larges (logement, emploi, formation...). Comme pour tous les avant-projets de loi, le parlement fédéral devra se prononcer. Comme tous CRACS, il devra poser le pour et le contre. Nous suggérons aux parlementaires d’entamer une réflexion globale et en concertation avec tous les acteurs notamment le secteur de la jeunesse.

Anne-Lise Mallia
Chargée de projet au CJC
almallia@cjc.be

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5/10/2012

Début du mois de septembre, Bart DeWever présentait à la presse son nouveau livre « Het regime van Bart DeWever », un livre dans lequel il revient sur son parcours diététique qui lui a permis de perdre quelque 60 kg en quelques mois. Le responsable de la NVA a de suite précisé que cette expérience était totalement indépendante de sa vie politique. Bien que nous puissions concevoir l’importance d’améliorer son état de santé, que cache ce changement d’image ? Comment peut-il en profiter ? Quelle réelle motivation le meut ? Pouvons-nous être aveuglés par la perception du changement d’apparence d’un individu ?

L’Afsca enquête

By-pass ? Régime protéiné ? « La méthode PronoKal utilisée par le leader de la NVA est un traitement de perte de poids basé en partie sur un régime protéiné. Durant cette étape, le patient maigrit rapidement en réduisant les graisses et les sucres – tout en maintenant la quantité adéquate de protéines dont l’organisme a besoin pour réaliser ses fonctions vitales. Un suivi médical est indispensable à la bonne réussite du régime. » Passage repris sur le site www.pronokal.com.

Ce régime fait l’objet d’une enquête de l’Afsca. Ne pas utiliser de moyens légaux, ce n’est pas un exemple que doit donner un homme politique. La fin justifie-t-elle les moyens ?

Un début de stratégie

Cette transformation d’image d’homme rondouillard, sympathique, cultivé, réactionnaire, redoutable, cynique en une nouvelle image de personnage au look de jeune premier, d’homme d’affaires sérieux, sportif est évidente. L’homme est méconnaissable. C’est un travail de longue haleine… Souvenez-vous de l’homme vantant le livre d’un humoriste flamand dans une friterie. C’est un lieu de convivialité qu’il apprécie, alors, tout particulièrement. Regardez maintenant l’homme vantant le bienfait de son régime, le régime le plus spirituel du monde en est même le sous-titre de son livre, tout en pratiquant la course à pied. Ce changement radical d’apparence est une étape dans la stratégie de Bart De Wever, dans l’objectif de se montrer différent.

Un exercice politique répandu

En parallèle, nous pouvons déceler une similitude avec François Hollande. Le nouveau président français a pu aussi construire patiemment son ambition pour toucher les dividendes du pouvoir. La recherche du pouvoir est bien présente chez notre responsable de la NVA. Son agenda est clair : prendre la ville d’Anvers au soir du 14 octobre 2012 en devenant bourgmestre, pour asseoir une certaine légitimité tout en nous donnant rendez-vous en 2014 pour les élections fédérales. Les négociations seront lourdes. La NVA et son représentant nous vantent déjà le confédéralisme« C’est en route. C’est inéluctable. » Ils nous préviennent. D’ailleurs, par son exercice de communication politique, il continue de prendre une place énorme au niveau médiatique. La vie politique belge tourne trop autour de sa personne. Et, il sait en jouer. Mais cela fait partie du jeu des politiciens : le nœud papillon d’Elio di Rupo, tout le monde le connaît ; Mme Nee, Joëlle Milquet en a abusé ; l’état d’ébriété perpétuel de feu Michel Daerden était associé à sa personne.

Une relation à éclaircir

Lors de sa conférence de presse au Préventorium du Coq sur la présentation de son livre, il explique que l’intégralité de la vente de son ouvrage ira pour le traitement de l’obésité chez les enfants. Il fait là un geste pour se montrer affable, charitable, bienveillant. On parle de lui dernièrement quand il ne répond pas aux questions d’un journal flamand « Knack ». Le président de la N-VA parle de "journalisme de qualité exceptionnellement mauvaise". "Il suffit de lire les questions, pour voir qu’il s’agit d’un pamphlet anti-N-VA. Le parti pris et le manque de connaissance des dossiers sont éclatants". Bart DeWever répondra quand même aux questions du journaliste mais via le site de la NVA. Les relations entre journalistes et personnages médiatiques, à fortiori ici les politiques, sont parfois à la limite du correct. Les exemples sont nombreux de connivence. Je te donne mes questions et tu les prépares ou je veux être interrogé sur tel ou tel thème mais surtout pas un autre. Chacun a besoin de l’autre. Chacun est instrumentalisé. Là aussi se joue un jeu entre les deux pôles, un jeu de ping-pong presqu’inévitable. Pourtant, il doit pouvoir exister une presse objective et indépendante. C’est le boulot de la presse de poser des questions qui dérangent !

Une vigilance à éveiller

Lors d’une interview, André Flahaut, président de la Chambre, répondait à cette question : que vous inspire la communication autour du régime de Bart De Wever ? "Ça me pompe. Objectivement, je veille aussi à ma ligne, à ma ligne courbe même, et j’assume mes rondeurs. Donc faire de ce régime un événement politique emballé dans des préoccupations sociétales, c’est un détournement d’objectif. Je veux bien croire Bart De Wever quand il dit qu’on ne peut pas vivre avec 160 kilos mais, dans ce cas, cela concerne sa santé personnelle. Confondre sa santé avec la vie publique, étaler sa vie privée sur la place publique, ce n’est pas du tout mon style et c’est quelque chose qui me dérange".

Bart DeWever façonne son image constamment. Le président de la NVA doit une part importante de son succès à sa communication. Qu’il soit rond, carré, mince, sportif, rieur… L’apparence reste mais ne doit en aucun cas nous aveugler. Restons vigilants sur les contenus, sur les projets pour garder une objectivité qui sera critique et responsable. Soyons Cracs, sachons décoder les stratégies politiques !

Jean-Philippe Schmidt
Détaché pédagogique au CJC
jpschmidt@cjc.be

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