Pour une société "Jeunes admis"

Depuis quelques mois, les jeunes se retrouvent régulièrement au centre de l’actualité. On épingle à leur sujet une série d’attitudes et de situations problématiques : consommation de tabac, d’alcool, de cannabis et d’extasy ; absentéisme et violence à l’école ; larcins et déprédations dans les espaces publics ; délinquance et petite criminalité.

Carte blanche du CJC sur l’importance de la participation des jeunes dans la société.

Amplifiés par les médias, ces comportements ont un impact important dans la population. Ils alimentent le sentiment d’insécurité dont on rend tous ces jeunes en grande partie responsables. De plus, dit-on, les jeunes vivent en rupture par rapport aux normes sociales, relativisent la valeur travail et, comme en France, se désintéressent des processus démocratiques en place.
Par leurs attitudes, ils mettent en péril notre société fondée sur des principes démocratiques et des valeurs citoyennes.

Plusieurs décisions et propositions récentes émanant des décideurs politiques prétendent répondre à ces situations problématiques vécues par les jeunes : réforme de la loi de 1965 sur la protection de la jeunesse, création du centre fermé d’Everberg ou accentuation de la dimension sécuritaire dans les Contrats de Prévention et de Sécurité, proposition de mesures contraignantes pour le jeune dans la recherche d’un premier emploi. Dans une autre perspective, sans doute complémentaire, des projets sont mis en chantier pour sensibiliser les jeunes à la dimension citoyenne. A l’école, d’abord, où l’on imagine une formation à la citoyenneté dans le cadre d’un cours spécifique ou diluée dans l’ensemble des matières abordées. Dans le champ politique, ensuite, où l’on propose l’abaissement du droit de vote à 16 ans. Mais cette proposition ne fait pas l’unanimité, certains arguant du fait qu’il ne peut y avoir de « droits » sans qu’il existe une contrepartie en terme de « devoirs ».
Tant dans ses comportements que l’on stigmatise que dans les réponses que l’on apporte, l’image de lui même que la société renvoie au jeune est lourde à porter : il pause problème et il profite.

Pourtant, cet été encore, ils seront plus de 300.000 jeunes à s’engager dans des projets « citoyens » au sein des organisations de jeunesse, comme participants et animateurs bénévoles, en camps, séjours de vacances ou plaines de jeux. Pendant les vacances comme tout au long de l’année, le défi des organisations de jeunesse est de proposer aux jeunes des espaces et des projets où ils puissent à la fois se réaliser eux-mêmes et devenir solidaires et acteurs dans la société. La citoyenneté ne s’impose pas et ne s’enseigne pas. On la construit en la vivant.

Mais comment le jeune peut-il vivre cette citoyenneté dans le monde d’aujourd’hui ?
Comment peut-il faire sienne une représentation d’acteur dans la société alors que celle-ci le cantonne le plus souvent dans un rôle d’objet social et de consommateur, quand les perspectives d’avenir qu’on lui présente le forcent à s’intégrer ou le destinent à devenir un éternel assisté ?
Comment peut-il vouloir défendre LA société alors qu’un fossé se creuse entre une société d’adultes et une société de jeunes ?
Comment peut-il « respecter » cette société d’adultes qui lui reproche tous les maux dont elle souffre ? Où sont les espaces de réalisation personnelle et d’élaboration concrète de projets qui contribuent à développer la responsabilité et l’autonomie des jeunes ?
Il s’agit donc de changer de regard et de perspective en considérant les jeunes comme une ressource et pas comme un problème, comme sujets dans la société et non comme objet social.

Il n’est pas question ici d’adopter un discours angélique qui voudrait taire ou excuser les actes de délinquance commis par certains jeunes. Mais il faut faire preuve de réalisme et de pragmatisme. De réalisme d’abord, car dans les faits, le nombre de jeunes qui « posent problème » n’est pas fondamentalement en explosion aujourd’hui et en tout cas proportionnellement pas plus important que celui des adultes. De pragmatisme ensuite, car les pistes de réponse à la délinquance des jeunes sont à appréhender non en se centrant exclusivement sur le fait délinquant lui-même, mais en rencontrant ce qui fait la spécificité des jeunes dans le contexte où ils vivent. Aussi faut-il notamment favoriser les espaces de création, de projet, de parole avec les jeunes où se croisent les aspirations collectives et individuelles de chaque acteur de notre société. Cette démarche peut se concrétiser à différents niveaux, notamment politique.

Il est à ce titre important de souligner que le secteur des organisations de jeunesse et le Ministre de la Jeunesse ont travaillé au cours de cette année à un projet de décret visant à réformer le Conseil de la jeunesse d’expression française pour renforcer la participation des jeunes dans les matières de politique qui peuvent les concerner. Le Ministre s’est engagé à communiquer en primeur aux différents acteurs jeunes une proposition de texte avant les congés parlementaires.

Ce travail est la première étape d’un projet plus large qui conduira à une refonte du décret reconnaissant les organisations de jeunesse comme des lieux où les jeunes se forment à la vie de citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires (1).

L’enjeu est double : d’une part, réaffirmer la reconnaissance de la valeur de l’action communautaire et locale des organisations de jeunesse et, d’autre part, reconnaître que le jeune a une part inconditionnelle dans l’évolution de la société qui est aussi la sienne. C’est accepter qu’il n’y a pas d’éducation sans liberté ni sans risques.

Frédéric Possemiers Secrétaire général du Conseil de la Jeunesse Catholique
Valérie Notelaers Jeunesse & Santé,
Cécile Croonenberghs Entraide & Amitié,
Sylvie Roberti Guides Catholiques de Belgique,
Isabelle Coyette Fédération Nationale des Patros,
Sophie De Kuyssche Institut Central des Cadres,
Lahoucine Tazribine Jeunes CSC,
Thierry Tilquin Conseil de la Jeunesse Catholique